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33 articles avec roman francais

Rêves oubliés de Léonor de Récondo

Publié le par Brouillard

Rêves oubliés de Léonor de Récondo ; Points, août 2013

"Sélection 2014 pour le prix du Meilleur roman des lecteurs de points"

Reçu dans le cadre du partenariat Masse critique de Babelio

 Rêves oubliés de Léonor (de) Récondo

 

A l’ombre des pins, ils ont oublié le bruit de la guerre et la douleur de l’exil. Dans cette ferme au cœur des Landes, Aïta, Ama et leurs trois enfants ont reconstruit le bonheur. Dans son journal, Ama raconte leur quotidien, l’amour, la nécessité de s’émerveiller des choses simples et de vivre au présent. Même dans la fuite, même dans la peur, une devise : être ensemble, c’est tout ce qui compte.

 

Née en 1976, Léonor de Récondo est violoniste et écrivain. Elle se produit avec de nombreuses formations et enregistre des CD et DVD. Elle est l’auteur de La Grâce du cyprèsblanc et de Pietra viva.

  coeur

 

Sur Babelio, pour donner envie de lire ce titre le résumé commençait ainsi : "Quand il arrive à Irun où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d'août 1936, le Pays Basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. " De ces trois phrases, j'ai mis en relief les éléments qui ont retenu mon attention.

C'est par le prisme d'une famille qu'un pan de l'Histoire va s'ouvrir à nous. Il s'agit d'une famille espagnole, dont certains membres sont des activistes, qui vit à la frontière entre l'Espagne et la France, séparées par le fleuve de la Bidassoa. C'est d'ailleurs à Hendaye, ville limitrophe visible depuis la baie de Chingoudy, que Aïta, sa femme Ama, leurs trois fils, les parents d'Ama et ses frères trouvent refuge. Ce paysage je le connais, je l'ai visité, ce qui accroît pour moi l'intérêt de la lecture car cela me permet de m'immerger d'autant mieux que l'écriture de Léonor est efficace.    - L'exil-.

Voilà le thème de roman. Comment rendre l'exil palpable ? Comment donner à ressentir  dans un récit le déchirement de cette situation ? Etre exilé c'est être obligé de vivre hors de sa patrie, c'est une contrainte dont le résultat consiste à trouver refuge dans un autre pays. Ce qui est l'élément déclencheur de cette fuite c'est la naissance de la dictature du général Francisco Franco le 1er octobre 1936. Mais il faudra attendre la fin de la guerre civile en 1939 et la victoire de Franco pour que les frontières deviennent hermétiquement closes. "Nous sommes ici depuis de si nombreux mois et je réalise seulement au soir de cette triste journée que nous avons vécu uniquement dans l'espoir du retour. Ce rêve a lentement embrumé nos esprits, et maintenant la réalité nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les frontières. Tant que le dictateur sera au pouvoir, nous ne pourrons pas revenir, nous le savons." C'est Ama qui écrit dans un carnet cette réflexion. Le roman alterne entre un récit à la troisième personne et des pensées d'Ama ou des autres personnages. Il n'y a pas de géométrie structurale, les pensées apparaissent à des moments imperceptibles de l'histoire, ils ne respectent pas la régularité d'un métronome, ils sont plus proches des rythmes de la vie. Lorsqu'ils sont nécessaires ces passages apparaissent pour éclairer différemment un événement. 

L'écriture de Léonor retranscrit la nostalgie, la force de vie générée par la famille et l'être aimé qui permettent de transcender un présent douloureux, dur, misérable. L'amour des siens, le fait d'être ensemble dans une épreuve si incompréhensible sont des atouts dans ce temps de crise où la guerre avec l'Allemagne vient accentuer cette crise. Voilà leur destin cloué plus profondément à la douleur, aux privations, à la rupture avec leur pays : l'Espagne. D'Hendaye, leur exil s'enfonce dans les terres françaises puisqu'il les conduit dans une ferme des Landes, les isole en partie du tumulte des grandes villes et des dénonciations et persécutions qu'ils pourraient subir du fait même d'être des étrangers alors que c'est la guerre en France, mais ne les préserve pas. " La guerre, c'est cela : la haine, les cris, l'incompréhension, la peur, la mort. [...] La guerre, c'est cela aussi : l'imaginaire d'un enfant qui passe de la lumière à l'ombre."

C'est sur cette dernière citation que je voudrais vous convier à lire ce roman, vous le recommander vivement. J'espère ne pas vous avoir perdu dans cette longue critique, mais au contraire avoir réussi à vous accrocher, à vous conduire vers ce titre, ce coup de coeur.

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Un roman argentin de Gilles D. Perez

Publié le par Brouillard

Un roman argentin de Gilles D. Perez

Edition naïve, 2013 (sortie prévue pour le mois d'août), 181 p.;

ISBN 978-2-35021-323-1

 

Un Parisien d'une quarantaine d'années, fasciné par les livres et l'Argentine mais n'ayant jamais écrit ni voyagé, s'embarque sur un vol pour Buenos Aires en vue d'y faire la connaissance d'un libraire. En plein milieu de l'Océan, le Boeing 747, pris dans une tempête, risque le crash. Devant l'imminence de sa fin, le narrateur se laisse enfin emporter par sa voix intérieure et invente cette Buenos Aires qu'il ne connaîtra pas, dans un hommage littéraire aux écrivains argentins réputés pour leur brouillage entre réalité et fiction.
Une galerie de personnages hauts en couleurs peuple ce voyage initiatique à la rencontre d'un double improbable. Gilles D. Perez nous emporte dans une tourmente inventive, un véritable roman argentin.



Livre reçu dans le cadre du partenariat Masse Critique de Babelio.

Je remercie l'éditeur naïve pour cette collaboration qui m'a permis de découvrir cet auteur et ce titre.

 

L'amour fou de la littérature, voilà ce qui me lie dès la lecture du résumé au personnage central. Outre cet aspect, un deuxième élément m'attire à lui, l'évocation du travail d'écriture qui se déploiera dans le livre. Il rêvera -au même titre que moi- sa rencontre avec l'Argentine, cet exotisme qu'il a effleuré dans ses lectures de Borges, de Cortazar ou d'autres auteurs.

"Mais je ne pourrai pas quitter la ville dans un de ces innombrables autocars qui descendent vers le sud, et roulent durant des heures sur des routes désespérément rectilignes sans croiser le moindre véhicule ; cette immensité est devenue le lieu des histoires minimes depuis la conquête du désert, je ne la connaîtrai jamais. Et le goût du maté non plus."

Le début du récit commence à la troisième personne : "il est assis dans un avion [...] Ou alors cela pourrait commencer de manière plus impersonnelle". Nous entrons de plein pied dans une mise en abîme. Nous lisons les différentes versions de l'incipit du récit que le personnage central imagine pour relater l'événement qu'il vit. C'est à une figure d'auteur que nous faisons face, avant de retrouver assez rapidement le personnage qui s'exprime à la première personne. Grâce à ses nombreuses lectures et à son métier de "nègre ou rewriter", il maîtrise bien les figures de style et leurs effets sur le récit. C'est pourquoi, dès que l'une d'elle apparaît, il ne manque pas l'occasion de la nommer et d'expliquer son emploi. De même le rythme du récit compte, "Un octosyllabe. Le souffle de la vie- c'est huit."

Gilles D. Perez recourt à l'énumération pour accentuer les habitudes du personnage qui mange tous les dimanches chez ses parents, qui a une vie bien réglée, calme, tranquille, banale "je n'ai rien recherché d'autre que la douce familiarité de la vie quotidienne". Ces dernières permettent d'essayer d'atteindre l'exactitude dans les descriptions, de les étayer de façon à ce qu'elles se déploient et donne à voir, à imaginer. Durant tout un paragragraphe les phrases sont construites à l'aide de la même tournure : "il y a eu", "il y a eu la musique et les livres. [...] il y a eu un tel amour de la vie que j'ai parfois eu l'envie d'en mourir". L'anaphore renforce l'expression des sentiments. Nous partageons le passé, le présent et nous sommes conviés à suivre les pérégrinations de l'imagination du personnage dans cette situation de crise qui bouleverse sa perception sur le monde et sur lui sans pour autant le rendre hystérique, désespéré. Il est posé, observateur des autres et surtout de ses sentiments. Le récit alterne entre passages rêvés où l'art de l'écrivain se met en scène et ceux réels des perturbations dans l'avion. 

 

C'est un texte riche, très travaillé, fourni en références littéraires, culturelles sur l'Argentine- autre personnage du récit. Le seul bémol à noter réside dans sa mise en page : le choix d'une taille de police un peu petite, un texte un peu trop ramassé sur lui-même ralentissent la lecture.

Publié dans Roman français

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Géographie de la bêtise de Max Monnehay

Publié le par Brouillard

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Lorsque Pierrot décide de fonder un « village des idiots » où lui et ses semblables pourront vivre en paix, sans plus avoir à souffrir d’ostracisme, il ignore qu’ils seront si nombreux à le rejoindre. Bastien, le narrateur, 22 ans, fait partie des dizaines d’appelés que Pierrot va réunir, au terme d’un Tour de France ébouriffant. Mais leur bonheur fait des envieux et, bientôt, ce Paradis terrestre miniature finit par attirer des hommes et des femmes qui n’ont rien à y faire. Des malheureux, pour la plupart, qui tentent d’y être admis en jouant les imbéciles. Face à cette menace, Pierrot impose désormais à chaque nouvel arrivant un examen très spécial, un test de QI inversé, diablement efficace, mais que Bastien trafiquera afin que puisse entrer au village et dans sa vie Elisa, une jeune femme dont il est tombé amoureux.

Porté par un style acéré, Géographie de la bêtise est un roman sur le Paradis impossible, une fable sur l’exclusion, sur tous ceux qui, loin d’être des « idiots », sont juste incapables de vivre comme les autres, de « faire leur vie ».

 

Deuxième roman de la jeune Max Monnehay (1980-...), paru à la rentrée littéraire 2012 chez Seuil (228 p.).

Je n'ai pas lu son premier roman, mais j'ai été emporté ou plus exactement transporté dans celui-ci. Le personnage de Bastien nous convie à suivre la création du "village des idiots" dont il fait partie. Il porte un regard distancié sur ce qui se passe, un regard critique aussi. Le portrait de l'idiot apparaît comme beaucoup plus nuancé que le terme ne semble le laisser penser. Il existe une échelle dans la bêtise et celle-ci nous est donné à voir et à vivre de l'intérieur. Ce récit est une critique douce-amère de la société où Bastien fait entrer dans leur paradis une Eve qui n'est pas comme eux. Bastien découvre l'amour... Mais ce havre de paix, cette bulle dans la société des hommes a-t-elle un avenir ou porte-t-elle en elle-même les germes de sa destruction ?

L'écriture est emprunte d'un mélange d'humour -grinçant parfois-, de tendresse et de dénonciation. Le discours des personnges de Pierrot et de Bastien sont assez lucides sur leur condition. Ce fut un moment de lecture peuplée de réflexions...

Publié dans Roman français

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Jette ce livre avant qu'il ne soit trop tard de Marcel Bénabou

Publié le par Brouillard

Jette ce livre avant qu'il ne soit trop tardde Marcel Bénabou

Seghers, collection Mots, 1992 (257p.)

Contrairement à ton attente, lecteur, ce n'est pas en parcourant à la hâte ces quelques lignes que tu découvriras ce qui se trame dans ce livre. Il te faudra, si tu tiens vraiment à en être informé, un effort un peu plus soutenu.

Mais peut-être ta déception va-t-elle t'inciter à ne pas même entreprendre la lecture de l'ouvrage. Oseras-tu pourtant sans remords, et par simple mauvaise humeur, aller jusque là ? Sache seulement qu'en ce cas tu serais bien plus revêche que le héros même du livre. Lui au moins n'arrêta sa lecture qu'après avoir pris connaissance de la première page.

Alors, tout bien pesé, ne serait-il pas plus sage pour toi d'adopter une démarche aussi prudente ?

Voilà un titre accrocheur. Ce sont d'ailleurs les premiers mots du récit. L'auteur interpelle le lecteur dans son acte de lecture pour s'assurer que ce dernier sait ce qu'il fait. La lecture est un acte pensé, réfléchi, on se place dans un certain état d'esprit pour découvrir le contenu d'un article de journal ou d'un récit de fiction. Tel livre ne se lit pas de la même manière selon les événements vécus antérieurement, les émotions qui nous fondent à l'instant T où l'on décide de s'immerger dans le livre. Combien de livres commencés à des moments peu propices à la lecture ont été abandonnés avec peu voire pas d'espoir d'être repris un jour.

C'est en faisant référence à toutes ces situations que l'auteur s'adresse au lecteur pour être certain que ce dernier ne s'est pas perdu en route ou qu'il laisse assez d'espace au texte pour  s'épanouir et le surprendre. Les premières pages du récit sont autant de phrases de protection que l'auteur adresse au lecteur. Par le procédé de la mise en abyme, un lecteur est le protagoniste de ce récit. Un homme découvre dans ses papiers un livre -ce livre- et commence à le lire en nous offrant tout son ressenti. Il est troublé par toutes les mises en garde de l'auteur, trop nombreuses à son goût, trop lourdes stylistiquement dans leur redondance du message de défense.

C'est un lecteur érudit qui s'attaque au texte, qui cherche avec acharnement un message caché : il applique toutes les figures stylistiques qu'il connaît pour révéler l'art littéraire de l'auteur. Cependant sa méthode échoue, aucun aspect mystique ou mystérieux n'est révélé. Le texte semble vouloir conserver son hermétisme ou tout simplement n'a rien d'autre à offrir que ce qui se lit au premier degré.

L'auteur, Marcel Bénabou est un oulipien -un membre de l'OUvroir de LIttérature Potentielle- depuis 1969. Il aime analyser les contraintes littéraires pour en dégager un pouvoir créatif et imaginatif. C'est l'état d'esprit qui anime notre lecteur ici. Bien que je trouve ce travail très intéressant, le récit s'alourdit à force de chercher un éclairage nouveau au texte lu par ce lecteur. Nous sommes confrontés à un lecteur qui ne semble pas capable de profiter simplement de ce qu'il lit, il a un esprit compliqué qui cherche à faire rentrer le texte dans des cases, qui recherche la technique utilisée par l'auteur pour comprendre l'acte créateur en oubliant souvent le plaisir de la lecture pour elle-même.

Mon bilan au dénouement du récit est plutôt négatif. Cette recherche d'une technique a rompu mon lien avec ce lecteur. Je l'ai trouvé pesant, dommage !

 

Publié dans Roman français

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Les heures souterraines de Delphine de Vigan

Publié le par Brouillard

Les heures souterraines   de Delphine de Vigan

J.C. Lattès, 2009

299p .

Delphine De Vigan - Les heures souterraines. 

 

Mathilde et Thibault ne se connaissent pas.

Au coeur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions.

Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai.

Les heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit.

 

 

En lisant la descente aux enfers de Mathilde, j'avais en tête le livre d'Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements. Je ne pouvais pas m'empêcher pendant la lecture des passages qui concernaient le personnage de Mathilde de regretter que ce récit que je lisais n'ait pas bénéficié de la même publicité. Je suis conquise par l'écriture de Delphine de Vigan : par la justesse des sentiments, la pudeur et l'interprétation si sincère et fidèle du désespoir humain, des difficultés de la vie auxquelles il faut faire face mais qui submergent intérieurement. Mathilde subit des vexations au travail, elle est poussée à la dépression et mise de côté dans une entreprise française. Les rouages de l'humiliation sont bien ficelés et la descente dans la tombe semble immuable. Comment lutter ? Quels sont les pièges à éviter? Comment se prémunir et rester toujours aux aguets pour ne pas sombrer ? Pour rester dans la course, conserver son intégrité et sa reconnaissance sociale ?

 

Le personnage de Thibault, est celui du médecin social qui se déplace chez les gens pour les soigner. Il est confronté aux problèmes du quotidien, à la misère, à la solitude des personnes, à la violence. Il passe d'une situation à l'autre sans transition, il n'a pas de pause. Quand il n'est pas en rendez-vous, il est dans les embouteillages pour se rendre sur le lieu d'une autre consultation. Il est spectateur des mouvements de la Ville de Paris. Outre ces considérations sociales qui jalonnent le récit, la détresse de Thibault réside dans ses rapports amoureux avec une femme qui ne l'aime pas. L'indécision, le malaise jusqu'à la rupture et au doute sont cités sans tomber dans le pathos.

 

Le dernier personnage du récit est Paris, avec ses habitants comme autant de fourmis qui avancent rapidement et qui laissent sur le bord du chemin les faibles qui ne sont plus aptes à suivre le rythme. Paris est impitoyable, infatigable, vivante. Le métro est un monstre, les souterrains qui le composent sont des passages obligés où les gens se croisent, les regards s'évitent ou s'échangent en une fraction de secondes car la vitesse est le maître-mot des déplacements parisiens.

 

Le récit des vies de Mathilde et Thibault se croisent, s'alternent. On se laisse emporter dans les pensées d'une personnage puis l'autre réapparaît.

 

Publié dans Roman français

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La vie d'une autre de Frédérique Deghelt

Publié le par Brouillard

La vie d'une autre de Frédérique Deghelt

Babel, 2007

 

 

Hier soir, nous étions encore en 1988. Jeudi 12 mai. Un jour de décalage. C'est noir sur blanc, et ça veut dire que douze années se sont écoulées. En 1988, où je crois être encore, je viens de rencontrer Pablo. Mais en 2000, où je viens d'arriver, nous avons deux enfants. Mais moi, où suis-je dans tout ça ? Je ne me souviens de rien... Sinon du septième étage d'une rue de Montmartre. Je revois Pablo m'emmenant sur le balcon admirer le Sacré-Coeur. Pablo, la tête enfouie dans mon corsage, hurlant au milieu des fleurs qu'il me désire. Pablo qui, pour l'instant, est mon seul lien avec la veille. Que s'est-il passé pendant douze ans ?

Vous devez en avoir entendu parler, ce roman a été adapté au cinéma avec des rôles-titres tenus par Mathieu Kassovitz et surtout Juliette Binoche que nous n'avions pas vu sur nos écrans depuis plusieurs années. Je ne suis pas encore allée voir le résultat, car je voulais d'abord lire le livre.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Frédérique Deghelt, j'étais ravie du sujet que je trouvais originale, même si récemment j'ai lu -dans un autre registre- l'histoire d'une femme amnésique.

Les tergiversations de Marie, ses hésitations, ses découvertes m'ont émue, touchée, attendrie parfois ou exaspérée aussi.  Le point de vue de tout le roman est celui de Marie. Elle prend les choses comme elles viennent, elle se construit un masque de sourire, de silence, elle regarde son monde si différent de celui de ses 25 ans qu'elle vient de quitter.

Ses enfants, 2 puis 3 au total sont autant de source d'énergie que de pièges par rapport à une ancienne vie de célibataire. Ils demandent une attention de chaque instant, une organisation à laquelle il n'est pas évident d'être préparé. La vie de famille qui tombe sur le coin du nez est assez délicate à gérer, mais en se laissant guider par les enfants notamment, elle mène bien sa barque. Pablo, le bel homme qu'elle vient de rencontrer est son mari, mais l'aime-t-elle vraiment? Il est un peu prématuré pour répondre à cette question alors qu'elle commençait tout juste une histoire d'amour et qu'elle n'a aucun souvenir de ces 12 ans de vie commune.  

Cette femme va chercher à savoir ce qu'elle est devenue par rapport à ses envies et ses rêves de jeunesse. Elle va découvrir que son premier métier qu'elle vient de décrocher a été le sien pendant douze ans, avant ce nouveau réveil où elle apprend qu'elle est au chômage. Elle débusque des amies auxquelles se confier pour essayer ensemble de démêler sa vie et de l'aider à en extraire des repères. 

Ce personnage m'a emportée avec lui assez loin dans son hsitoire jusqu'à ce que je lui lâche la main, dépitée par une fin qui n'en fut pas une pour moi. Je ne dis pas que je voulais un miracle, mais je voulais des réponses plus claires. Finalement j'espérai que le brouillard se lèverait.

Le récit nous conviait dans une valse où l'amour était réinventée chaque jour. Une certaine innocence et candeur du début de la relation amoureuse se bâtissait à nouveau dans ce rapport de couple en perdition. L'esquisse du couple laissait place à des contours plus assurés. Les failles et craquelures, Marie avait pris le parti d'en faire abstraction, trop parfois à mon sens. 

C'est à une sensation d'inachevé que j'ai été confrontée à la fin de la lecture. 

Publié dans Roman français

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