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33 articles avec roman francais

Et te voici permise à tout homme d'Eliette Abecassis

Publié le par Brouillard

Et te voici permise à tout homme d'Eliette Abecassis
168 pages
Date de parution: 08/05/2013
Editeur d'origine: Albin Michel

Eliette Abécassis - Et te voici permise à tout homme.

Adultère. Anna a beau être divorcée de Simon, aimer Sacha éperdument, elle sait que si elle cède à la passion, elle sera considérée comme une femme adultère. A moins que son ex-mari ne lui accorde enfin le guet, ce divorce religieux juif qui la délivrerait de ses chaînes. Ecartelée entre ses pulsions amoureuses et sa conscience religieuse, Anna se heurte au poids des traditions qu’elle n’ose transgresser. Et se retrouve victime du jeu cruel de Simon, qui refuse de lui rendre sa liberté... Une fois encore, Eliette Abécassis parle au cœur des femmes. Au nom de toutes celles que nous sommes. Femme actuelle. Ce texte, qui éprouve la foi avec profondeur et retenue sans la malmener, pose, en fond, la question – fragile – de la liberté. Le Monde des religions.
Colère. Colère. Colère. Impuissance. Manipulation. Détournement. Asservissement. Vie(s) Brisée(s). Loi(s) et pouvoir.
L'homme exerce son pouvoir sur la femme. Celle-ci n'abandonne pas son objectif de retrouver sa liberté d'un point de vue religieux. Civilement divorcée, elle est toujours soumise au bon vouloir de son ex-mari. Le guet ne doit pas être donné sous la contrainte pour ne pas être considéré comme invalide. Anna tient bon et pourtant au fur et à mesure s'abandonne à sa perte malgré le secret d'adultère auquel elle essaie de ne pas donner prise et pourtant dans lequel elle plonge. Elle court à sa perte et à celle de ses enfants.
Déshonneur. Désir charnel. Guerre psychologique. Interdit. Adultère. Judaïsme. Perdition.
Honnêtement, j'ai mis un temps certain pour lire ce roman tant la colère m'étouffait. Cette lecture me rendait malade. L'écriture de l'auteure nous immerge dans les pensées, les contradictions d'Anna avec brio.

Publié dans Roman français

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L'homme qui ne savait pas dire non de Serge Joncour

Publié le par Brouillard

L'homme qui ne savait pas dire non de Serge Joncour

Serge Joncour - L'homme qui ne savait pas dire non.  Serge Joncour - L'homme qui ne savait pas dire non.On n'imagine pas l'embarras de ne plus pouvoir prononcer ce simple mot : non. C'est pourtant ce qui arrive à Beaujour, employé modèle dans un institut de sondage. Grâce à un atelier d'écriture, il part à la recherche du mot perdu, quitte à remonter toute l'histoire. Avec la sensibilité qu'on lui connaît, Serge Joncour multiplie les scènes cocasses et compose un véritable roman des origines.

J'ai découvert l'auteur avec le titre L'amour sans le faire. J'ai apprécié l'écriture, la tendresse qu'il manifeste pour ses personnages affectés par les méandres de la vie. C'est pourquoi j'ai eu envie de lire dans la foulée un autre titre de lui. En consultant le catalogue de ma bibliothèque municipale, je suis tombée sur L'homme qui ne savait pas dire non.

coeur

Vous vous imaginez dans toutes les situations de votre vie quotidienne, incapables de formuler une réponse négative, de prononcer ces trois lettres "NON". Dans l'enfance, il existe un âge où le "non" est la réponse à presque toutes les questions. C'est un leitmotiv d'affirmation de soi et d'opposition à l'autre. Notre protagoniste recherche ce mot, cette faculté de chacun de formuler un refus, de dire : "je ne veux pas" pour ne pas se retrouver dans des situations inextricables, rocambolesques parfois et qui peuvent blesser davantage qu'un "non" ne le ferait.

A travers ce personnage, l'auteur mène une réflexion sur notre société. En effet, le personnage central travaille dans une entreprise de sondage. Son travail consiste à élaborer des questionnaires, mais aussi à les faire passer à un panel d'individus pour que le client sache ce que l'on pense de son produit ou que l'Etat et le gouvernement puissent faire des propositions de gouvernance qui ne seront pas conspuer. La recherche de légitimité et d'assise plus profonde du pouvoir sont au centre des débats, quitte parfois à manipuler les individus, à les diriger vers ce que l'entreprise ou le Pouvoir vise. Aussi l'écriture de Serge Joncour est admirable dans le sens où elle est assez habile pour faire passer ces réflexions en finesse derrière la vie et les difficultés du personnage. Elle investit un fort pourcentage de sympathie. C'est encore un individu en souffrance qui est donné à voir, à suivre. Cependant comme dans L'amour sans le faire, le personnage central, Beaujour cherche à se reconstruire. Même si le chemin n'est pas aisé, la tendresse, l'humour des situations et l'amour que Beaujour éprouve pour sa collègue sont autant de leviers vers la solution. Son introspection est induite dans le cadre d'un atelier d'écriture, une sorte d'ouvroir de mots. C'est un atelier de groupe où chaque individu se rend pour y retrouver ce qu'il a perdu sans savoir ce que c'est exactement parfois ou comment s'y prendre pour le retrouver. L'animateur insuffle une mission d'écriture toujours plus accrue à sesparticipants, ils doivent fouiller au plus profond d'eux pour y débusquer le récalcitrant.

La lecture de ces textes thérapeutiques est incluse dans le roman de manière à s'attacher davantage à Beaujour, à suivre les méandres de sa psychologie, à tenter d'apprivoiser ce mot qui échappe. Ce procédé pourrait sembler artificiel au lecteur que nous sommes, mais il se mêle très bien au reste du roman. Une fois passée la surprise de la découverte de ce premier texte, on s'interroge, cela nous bouscule un peu dans la linéarité du récit de cette quête.

Publié dans Roman français

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Gilles Legardinier

Publié le par Brouillard

Eh oui ! ça y est je suis emportée dans le piège plein d'humour et de tendresse de Gilles Legardinier.

Ma première approche a eu lieu avec un thriller futuriste L'exil des anges où un couple de scientifiques se donne la mort pour échapper aux militaires qui souhaitent s'approprier et exploiter leur trouvaille scientifique. Le roman montre le déploiement d'une chasse à l'homme.
 null "Ils ne se connaissent pas, mais un même rêve leur a donné rendez-vous dans une mystérieuse chapelle des Highlands. Valeria, Peter et Stefan ignorent qu'ils sont la preuve vivante d'une découverte révolutionnaire sur les arcanes de la mémoire faite vingt ans plus tôt par deux scientifiques disparus. Une découverte que beaucoup voudraient s'approprier  à n'importe quel prix. Pour échapper à ceux qui les traquent, ils n'ont pas d'autre choix que de remonter à l'origine du secret dont ils sont les ultimes gardiens. Leurs souvenirs sont des sanctuaires. À eux d'en trouver les clés..."
 
L'attrape coeur ne fut pas au rendez-vous mais la lecture en fut plaisante, légère malgré le style littéraire choisi : le thriller.
 
coeur Le coup de coeur fut le succès de librairie Demain j'arrête ! Et puis dans la lancée Complètement cramé ! Deux univers bien différents mais la même plume, celle qui fait mouche. En préambule je qualifiais l'écriture de Gilles Legardinier de tendre et remplie d'humour, ce sont les ingrédients qui font de ces deux romans des moments de lecture à part. J'ai été attendrie par les personnages, j'ai souri et j'ai franchement ri aussi sur des situations parfois loufoques certes, mais qui participaient d'un ensemble. Il n'y a pas de fausse note, le rire comme la tendresse s'alternent dans une danse au rythme parfait.
 
Dans le premier titre Demain j'arrête ! la majeure partie de l'action se déroule dans un immeuble. En effet, il s'agit de la rencontre de Julie, jeune trentenaire travaillant dans une banque et fraîchement célibataire et de son  nouveau voisin. Ce qui fonctionne dans cette histoire par vraiment originale -puisque déjà exploitée au moins dans des séries télévisées- c'est le rythme, la drôlerie du personnage féminin, son côté "Pierre Richard" qui nous enchante et en même temps l'attachement naît des liens qui unissent les personnages : amitié, vie de quartier ou entraide dans l'immeuble.
Demain j'arrête ! par Legardinier"Et vous, quel est le truc le plus idiot que vous ayez fait de votre vie ? Au début, c'est à cause de son nom rigolo que Julie s'est intéressée à son nouveau voisin. Mais très vite, il y a eu tout le reste : son charme, son regard, et tout ce qu'il semble cacher... Parce qu'elle veut tout savoir de Ric, Julie va prendre des risques de plus en plus délirants..."
 
C'est plein de bons sentiments et on en redemande !!
 
Dans Complètement cramé !, la situation est plus resserrée, de l'immeuble nous sommes dans un manoir en France. Une sorte de huis clos où les visites de promoteurs, de gens guindés ou d'amis sont les seuls ouvertures sur le monde. Andrew, patron d'une usine anglaise rentre dans l'univers de Nathalie de Beauvillier, propriétaire française en tant que majordome. Il va faire la connaissance de Manon -femme de chambre d'une vingtaine d'années, Odile -la cuisinière et son chat Méphisto- et Philippe Magnier, le régisseur accompagné de son chien Youpla.  La sauce prend grâce à l'humour décalé d'Andrew Blake qui semble tout prendre avec légèreté.  Les personnages s'envoient des pics bien sentis, des jeux de mots entre le français et l'anglais s'instaurent. Le nouveau venu qui n'a pas la même culture que son employeur ou ses domestiques frotte le vernis et fait volé en éclat les codes pour notre plus grand plaisir. 

Complètement cramé ! par Legardinier"Arrivé à un âge où presque tous ceux qu’il aimait sont loin ou disparus, Andrew Blake n’a même plus le coeur à orchestrer ses blagues légendaires avec son vieux complice, Richard. Sur un coup de tête, il décide de quitter la direction de sa petite entreprise anglaise pour se faire engager comme majordome en France, pays où il avait rencontré sa femme. Là-bas, personne ne sait qui il est vraiment, et cela lui va très bien.
Mais en débarquant au domaine de Beauvillier, rien ne se passe comme prévu
… Entre Nathalie, sa patronne veuve aux étranges emplois du temps ; Odile, la cuisinière et son caractère aussi explosif que ses petits secrets ; Manon, jeune femme de ménage perdue ; Philippe, le régisseur bien frappé qui vit au fond du parc, et même l’impressionnant Méphisto, Andrew ne va plus avoir le choix. Lui qui croyait sa vie derrière lui va être obligé de tout recommencer."

…Dans les deux romans nos chers protagonistes ont le chic pour se mettre dans des situations sortant de l'ordinaire et faire des choses aberrantes et dangereuses par amitié ou amour. L'émotion est au rendez-vous, la générosité du partage sont des ingrédients qui participent du succès de Gilles Legardinier. Auteur à suivre...

Publié dans Roman français

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L'amour sans le faire de Serge Joncour

Publié le par Brouillard

L'amour sans le faire de Serge Joncour, paru chez Flammarion en juillet 2012, réédité en poche en 2013.

 

Serge Joncour - L'amour sans le faire.     L'amour sans le faire. de Serge JoncourOn ne refait pas sa vie, c'est juste l'ancienne sur laquelle on insiste », pense Franck en arrivant aux Bertranges, chez ses parents qu'il n'a pas vus depuis dix ans. Louise est là, pour passer quelques jours de vacances avec son fils dont elle a confié la garde aux parents de Franck.

Le temps a passé, la ferme familiale a vieilli, mais ces retrouvailles inattendues vont bouleverser le cours des choses. Franck et Louise sont deux êtres abîmés par la vie, ils se parlent peu mais semblent se comprendre. Dans le silence de cet été chaud et ensoleillé, autour de cet enfant de cinq ans, « insister » finit par ressembler, tout simplement, à la vie réinventée.

Il faisait partie de la rentrée littéraire 2012. Je me rappelle très bien quand il est sorti d'avoir été attirée par cette histoire, d'un homme -Franck- qui appelle chez ses parents après de nombreuses années de silence et qui tombe sur un enfant portant le même nom que son défunt frère -Alexandre. Cette coïncidence, si c'est ainsi que l'on peut la qualifier, trouble le protagoniste à tel point que cela le pousse à se rendre à la ferme familiale. Son voyage est long physiquement, mais aussi psychiquement : sorte de film rétrospectif de la vie qu'il avait quittée avec hâte, de peur d'être prisonnier dans cet univers agricole qui l'oppressait. Le train du temps, de la vie a poursuivi sa course et pourtant ce qui se laisse apercevoir des vitres du train semble le décor exact du passé.  

Le retour chez ses parents est un peu cahotique car le bus a été supprimé et le voilà pris en stop par les fils du voisin de ses vieux. Il est bringuebalé comme un sac à l'arrière du camion, très inconfortablement installé, scruté par ses sauveurs qui sont aussi les témoins-responsables de la mort de son frère lors d'une partie de chasse. L'animosité entre les parents de Franck et les frères est prégnante, d'autant plus que ces derniers visent la terre familiale beaucoup plus riche et féconde que leurs propres terres. Franck découvre une friche à la place des champs prospères de son enfance;  mis à part cela la ferme ne semble pas avoir changé sauf ce silence -pesant- qui ne correspond pas au passé ou à l'image qu'il se fait d'une ferme en activité. Tout  ce trajet vers le retour aux sources se fait par le téléobjectif d'une caméra qui ne le quitte jamais et qui fut l'élément déclencheur des rêves d'ailleurs de Franck.

 

L'autre protagoniste majeur du roman est Louise, qui travaille dans une usine -rachetée par des américains qui ne la font pas fructifier. Louise vit seule, difficilement, elle a quitté la ferme des parents de Franck après la mort d'Alexandre. Elle s'est arrachée de ceux qu'elle considérait comme ses racines et sa famille pour ne pas être un poids et vivre ou plutôt survivre loin de tous les souvenirs de son bien aimé Alexandre. Mais elle revient régulièrement à la ferme, pour s'y resourcer et rendre visite au jeune Alexandre.

 

Le roman porte sur les rapports d'êtres blessés par la vie, déboussolés qui cherchent des repères et des liens. Franck n'est pas épanoui dans sa vie, ni Louise. L'espace de quelques jours, lié par Alexandre, ils vont se découvrir, s'apprivoiser sans se toucher, s'apprécier et reconnaître en l'autre les mêmes questionnements et faiblesses infligées par la vie. Une relation tout en pudeur s'instaure où la nature semble reprendre ses droits. L'écriture de Serge Joncour ne tombe pas dans le pathos ou la morosité, malgré les déboires des personnages, mais valorise les forces des êtres en présence. La communication entre les personnages est délicate, difficile. Nous entrons dans un règne de silence et de non-dits où l'écriture de l'auteur ne nous enlise pas dans un sentiment d'oppression, mais au contraire de finesse dans les situations et descriptions, d'effleurement et d'effeuillement. Le monde agricole est présenté dans des facettes de concurrence ainsi que d'appui, d'entraide où les nouvelles générations se découvrent. Franck est sorti de sa torpeur et reprend pied dans la vie par les travaux physiques de la terre. Serge Joncour choisit la force, les couleurs et les odeurs de la nature, comme ancrage aux protagonistes. L'impulsion positive est en marche, la magie opère sur les coeurs : le cycle de la vie fait place à la renaissance. 

Publié dans Roman français

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Régis de Sa Moreira

Publié le par Brouillard

 

Régis de Sá Moreira est né en 1973.

En 2012 paraît son cinquième roman intitulé La vie.

  La vie

Tous ses titres ont été publiés chez l'éditeur Au diable vauvert
Son premier roman, Pas de temps à perdre, a été lauréat du Prix Le Livre Élu en 2002.

Product image   Ensuite il publia Zéro tués Product image



Le Libraire Product image et Mari et femme. Product image

 

Je les ai tous lus -même le dernier en date- et ce furent des coups de coeur..

Ma rencontre avec Régis de Sa Moreira s'est faite par le truchement du Libraire. Comme vous aurez pu le constater, tous les récits qui traitent du monde des livres, de la création littéraire m'attirent, m'appellent.

Ce fut le cas pour ce livre au titre plus qu'évocateur ! Le libraire est un récit plein de tendresse, d'humour, de douceur. C'est d'ailleurs ce qui caractérise l'écriture de Régis de Sa Moreira. Il s'attarde sur l'intériorité du personnage, il nous donne la clé pour rentrer en lui, comprendre son amour pour la littérature qui le place loin des considérations commerciales (loin des reproches et du cynisme dépeint dans le récit-témoignage de Fahrenheit 2010 d'Isabelle Desquelles).

J'ai été transpercée par ce regard doux même dans les sujets sombres de la déchirure du couple dans Mari et femme ou du mal être dans Zéros tués. Son écriture est légère, posée. Elle n'est pas agressive, frénétique. Il est un doux rêveur, qui crée une harmonie, il prend le temps de laisser son imagination s'épanouir dans des scènes parfois loufoques. En effet, caractériser l'écriture de Régis de Sa Moreira est difficilement résumable, car ce n'est pas un auteur que l'on peut faire rentrer dans une case générique. Toutefois les maîtres-mots sont tendresse et humour. Il est un adepte des phrases courtes, des paragraphes et des retours à la ligne qui font naviguer les récits à la limite du poème. Ce choix d'écriture ajoute de la force à ses thématiques : l'altérité, la connaissance de soi et de l'autre dans le couple, le regard porté sur le monde et sa place dans celui-ci. Dans tous les textes sauf celui du Libraire et La vie, nous sommes en présence de couples : naissant (Pas de temps à perdre), en crise (Mari et femme) ou sur la corde raide (Zéro tués).

 

Dans Pas de temps à perdre, le récit s'attache à la naissance d'un couple dans un univers où le fantastique prime. Les personnages et leur environnement sont en perpétuel mouvement. Leur habitation dispose d'une volonté propre, incessante de mobilité que même eux ont des difficultés à dompter. Mais c'est pourtant ce charme, cette magie du lieu qui en font un douiller foyer, leur demeure, celle dans laquelle ils se sentent en sécurité, en harmonie pour laisser libre cours à leur amour. Ce récit est un hommage à la magie de l'amour et à sa liberté. 

 

 Dans Mari et femme, il traite le sujet déjà évoqué de l'échange de corps entre le mari et la femme, mais l'originalité du point de vue réside dans le fait que la femme essaie d'avoir un droit de regard sur son corps et n'y parvient pas car son mari continue d'adopter son attitude habituelle, désinvolte dans le corps de sa femme et inversement. Le regard porté sur son propre corps depuis ce point de vue extérieur fait de son ancien corps un étranger. Leurs corps se métamorphosent, ils apprivoisent leur nouveau vaisseau, s'en emparent.

 

Une autre vision du couple est projeté dans Zéro tués. Nous sommes face à une autre fracture, inattendue par le personnage féminin. Ce roman interroge d'une manière décalée sur le sens de l'existence et celui plus intime du couple. Clara trouve son mari Joseph pendu, sa réflexion porte sur la manière dont son époux à acheter sa corde. Que dit-on au vendeur? Quant à Joseph, nous assistons à sa rencontre étrange avec le créateur. L'acte du suicide est dédramatisé et nous retrouvons avec plaisir la spécificité de ton et d'écriture de Régis de Sa Moreira qui nous plonge dans un univers onirique, aux limites de l'absurde.

 

Le dernier titre paru La vie tire une nouvelle fois son épingle du jeu : l'originalité de forme et de traitement de la vie quotidienne sont au rendez-vous. Le récit est une suite de paragraphes liés les uns aux autres par la référence à un personnage. Je m'explique, dans le métro un homme regarde une femme qui sourit, le paragraphe suivant va éclairer sur les raisons du sourire de cette femme qui implique une autre personne qui va être pris en charge par le paragraphe suivant. C'est la vie et le rapport aux autres qui est ici dépeint avec tendresse et justesse. Ce sont des petits bouts de vie, des instants.

Publié dans Roman français

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La garçonnière d'Hélène Grémillon

Publié le par Brouillard

La garçonnière d'Hélène Grémillon

Rentrée littéraire 2013 chez Flammarion

Hélène Grémillon - La garçonnière.

 

Ce roman est inspiré d'une histoire vraie. Les événements se déroulent en Argentine, à Buenos Aires. Nous sommes en août 1987, c'est l'hiver. Les saisons ne sont pas les mêmes partout. Les êtres humains, si.

 

 

 

J'ai reçu ce livre grâce à Priceminister que je remercie ainsi que l'éditeur 15/20

 

La garçonnière est le deuxième roman d'Hélène Grémillon (le premier s'intitulait Le confident -je ne l'ai pas encore lu, mais je l'ai noté dans ma liste des lectures futures- c'est déjà le témoignage de mon adhésion à l'écriture de cette femme écrivain que je ne connaissais pas).

 

Maintenant, je vais rentrer dans le vif du sujet à savoir le contenu du récit et les points positifs à retenir. L'histoire comme vous pouvez le lire dans la quatrième de couverture reproduite ci-dessus, se déroule en Argentine en 1987. Petit récapitualtif historique : C'est à partir de 1930 que le destin de l'Argentine bascula dans un quotidien de violence et de répression. En effet, c'est José Felix Uriburu qui fut l'initiateur d'une série de coups d'État et de gouvernements militaires qui se prolongèrent jusqu'en 1983. Mais la période de 1976 à 1983 fut la plus terrible, surnommée : les "années noires". La blessure de cette époque est d'autant plus vive à l'heure du récit et encore de nos jours que l'on dénombre environ 30 000 morts et seulement 400 corps retrouvés. Cela implique que les familles n'ont aucun lieu où se recueillir et ignorent même souvent comment sont morts leurs proches. Tout ce qui leur reste c'est le vide.

 

Après cet interlude historique, nous pouvons revenir au récit qui nous occupe. L'incipit du roman est la rencontre du docteur Vittorio Puig -psychanalyste de son état- et d'une jeune femme fragile comme une biche qui pleure dans son cabinet. Il va tomber sous son charme et tout mettre en oeuvre à partir de ses observations sur sa silhouette pour la retrouver, car il est persuadé d'avoir été en présence de l'amour de sa vie. L'acharnement du docteur -que la jeune femme perçoit comme le hasard- va les conduire sur le chemin de l'amour. Mais cette vie tranquille et équilibrée bascule lorsqu'un soir, Vittorio rentrant chez lui découvre le corps de sa femme, Lisandra, morte défenestrée. La police recense un certain nombre d'éléments qui accusent le mari du meurtre de son épouse, ce qui les contraint à le placer en garde à vue et à le maintenir enfermé jusqu'au procès. Eva Maria, une patiente du docteur, est choquée par la nouvelle et entreprend de mener sa propre enquête pour découvrir le véritable meurtrier, puisque pour elle il ne fait aucun doute que le Dr Puig n'est qu'une victime du drame. Elle se rend au parloir pour analyser la situation et mettre à jour des coupables potentiels avec le médecin. C'est à travers son regard et son enquête que le portrait de Lisandra va voir le jour et celui-ci est plus ombrageux que les apparences ne le laissaient imaginer. Lisandra, cette belle jeune femme qui pratique la danse et entretient l'appartement, vit dans l'ombre de son mari. Elle a des failles que nul ne suppose, pas même son mari qui écoute ses patients, mais ne voit pas la détresse de son épouse. (Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher la lecture). L'autre personnage féminin blessé est celui d'Eva Maria, qui suit une thérapie pour essayer de surmonter la disparition de sa fille Stella pendant la dictature militaire. Le corps de Stella n'a jamais été retrouvé, ce qui place la mère dans un état de deuil impossible. Elle est toujours inquiète, suspicieuse vis à vis des autres, centrée sur sa propre douleur au point de délaisser son fils vivant. L'événement tragique de la mort brutale de l'épouse du docteur va interpeller Eva Maria et la sortir de sa torpeur.

 

Hélène Grémillon a bâti son récit à partir d'une histoire vraie. Elle s'appuie sur les personnages pour retracer en filigranne le passé tumultueux de l'Argentine et les conséquences de celui-ci sur la vie présente. Dans leur for intérieur les êtres ont été marqués par la violence -qu'ils aient été acteurs ou victimes de celle-ci-, et la reconstruction est une épreuve délicate, une étape nécessaire. Le contexte même du récit est primordial. Le récit permet une dénonciation de cette période peu glorieuse des années 1976-1983 de l'histoire de l'Argentine. La situation du récit -dans un cabinet de psychiatre- permet de décrire plusieurs types de coupables possibles qui souffrent de névroses diverses et d'analyser leur mobiles avec le recul du thérapeute qui efface les doutes et les fausses preuves. Pourtant l'instinct de survie de tous les personnages est le plus fort. C'est un instinct viscéral qui pousse à agir de façon inattendue parfois. (Je vous laisse en juger).

Le sens du titre n'est véritablement éclairé que dans les toutes dernières pages du livre. L'écriture de l'auteure réussit à nous surprendre, à fouiller habilement les pensées des protagonistes et à les rendre. 

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