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8 articles avec roman espagnol

Le crayon du charpentier de Manuel Rivas

Publié le par Brouillard

Le crayon du charpentier de Manuel Rivas

Traduit du galicien par Ramón Chao et Serge Mestre*

Folio, 2002

Le Crayon du charpentier par Rivas

1936. Dans une prison galicienne, peu après le coup d'État de Franco, un jeune peintre anarchiste dessine avec un crayon de charpentier le célèbre Porche de la Gloire de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il prête aux différents personnages bibliques les gestes et le visage de ses camarades de captivité, tous condamnés à être assassinés lors d'une des sordides exécutions sommaires organisées par les fascistes. Le garde civil Herbal, chargé de surveiller les prisonniers politiques, suit en secret la progression du dessin et, le soir où, sur l'ordre de ses supérieurs, il tire une balle dans la tête de l'artiste, il ne peut s'empêcher de ramasser le crayon. Il est alors bien loin de se douter qu'à chaque fois qu'il le posera sur son oreille, celui-ci parlera avec la voix de la victime...
Un petit chef d'œuvre de finesse et de sensibilité qui s'élève tel un chant d'espoir au milieu des horreurs de la guerre.

 

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Un chef d'oeuvre. Un livre poignant sur les représailles et les conditions de détention des rouges-communistes- et des républicains emprisonnés par les fascistes. L'histoire prend ses racines en Galice, au Nord-est de l'Espagne, elle lie deux personnages que nous suivront : le docteur Da Barca et le militaire Herbal.

Le récit commence par le présent des protagonistes en Espagne, bien après la guerre civile et après la mort du général Franco. Herbal raconte ensuite dans l'ordre chronologique, sans digression, les événements du passé, son histoire à Maria de Visitação "qui avait débarqué depuis peu de temps d'une île de l'Atlantique africain. Elle n'avait pas de papiers. On l'avait en quelque sorte vendue à Manila. [...]  Elle se disait qu'elle était trop au nord. Et qu'au-dessus de Fronteira commençait un paysage de brouillard, de tempêtes et de neige." Herbal est devenu une sorte de gardien dans un club.

Le docteur est en couple avec une femme magnifique, une belle plante rousse aux yeux verts, Marisa Manillo. Herbal connaissait de vue Marisa et représentait pour lui un idéal inaccessible.

Au tout début du récit, le docteur Daniel Da Barca se présente à un journaliste venu l'interviewer comme : "un révolutionnaire, expliqua-t-il soudain, un internationaliste. Un internationaliste de l'époque. De l'époque de la Première Internationale, si vous voyez ce que je veux dire !"

Le docteur Da Barca va être arrêté et emprisonné, déplacé, mais il restera toujours sous le contrôle, le regard du gardien Herbal qui met tout en oeuvre pour suivre et maintenir son ascendance sur le médecin. Cette stratégie est payante puisqu'elle lui offre la chance de voir lobjet de ses rêves, la fiancé du docteur. La peur dans la prison, les relations entre les prisonniers incertains sur le sort qui les attend, les conditions carcérales qui visent à retirer toujours plus sûrement toute liberté, tout moyen d'évasion même mentale sont bien dépeintes par le récit.

* J'ai lu un roman de Serge Mestre : La lumière et l'oubli, 2009(TB)

Serge Mestre est né dans le sud-ouest de la France d'un père républicain espagnol, réfugié politique. Traducteur, il réside depuis 1975 à Paris. Après Les Plages du silence (1991) et Le Livre des rives (1995), La Lumière et l'Oubli est son sixième ouvrage.

 

1953, quelque part en Catalogne, deux adolescentes trompent la vigilance des gardes civils, sautent du train et s'enfuient à travers la campagne. Filles de Républicains espagnols, Esther et Julia échappent ainsi à leur sort dans une Espagne soumise au joug franquiste.

Mais c'est trente-cinq ans plus tard, en France, qu'elles retrouvent la pleine mémoire de leur aventure. Par vagues successives, le souvenir brûlant les submerge et l'Espagne qu'elles ont fuie ressuscite en une fresque irréelle et terrible où se croisent de multiples destins : enfants martyrisés dans les couvents, lourds secrets des familles adoptives, médecins convaincus de pouvoir extirper «le gène du marxisme», résistants passeurs qui risquent leur vie à la frontière...

Bien au-delà d'un classique roman historique, La Lumière et l'Oubli est une épopée du souvenir, où remontent d'étranges coïncidences familiales, révélant à chaque personnage la face cachée de ses origines.

 

Publié dans Roman espagnol

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Tant que nous vivons de Maruja Torres

Publié le par Brouillard

Tant que nous vivons de Maruja Torres

Métaillié, 2003

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En ce jour de la Toussaint, Judit marche dans Barcelone vers son rendez-vous avec Regina Dalmau, la célèbre romancière qu'elle admire de façon obsessionnelle. Avec l'ingénuité de ses, vingt ans, elle est persuadée que celle-ci va reconnaître son talent littéraire et l'aider à fuir sa banlieue populaire. Judit ignore que Regina, à l'approche de la cinquantaine, se pose des questions sur son succès et le sens de ce qu'elle écrit. Judit est engagée comme secrétaire. Sa présence va obliger Regina à affronter les véritables raisons de la crise qu'elle traverse et à chercher, dans un passé qu'elle a mis sous clef, le souvenir de celle qui a guidé ses pas d'écrivain. Dans cette histoire d'admiration, de jalousie, de vérité et de mensonge, de haine et d'amour, trois femmes sont à la recherche de leur identité et de leur place dans le monde. Maruja Torres décrit avec subtilité et justesse les liens qui se tissent entre les femmes à travers les générations et au-delà des liens du sang, ainsi que la façon dont se transmettent les expériences vitales les plus fondatrices. Prix Planeta 2000, ce roman a eu un très grand succès en Espagne.

 

"Végéter. Elle appuya sur une touche de l'ordinateur et une batterie de cartes rouges et noires en miniature se déploya sur l'écran, l'invitant à entamer une nouvelle réussite. Je vous perdrai bientôt de vue, murmura-t-elle, en s'adressant aux cartes, et cet engin servira à ce pour quoi il est fait ; à écrire des romans l'un après l'autre. Comme ça avait toujours été le cas, avant ces interminables mois de stérilité. Deux ans, pour être exacte."

 

Cette citation me semble une bonne entrée en matière dans ce roman dont les protagonistes sont une femme écrivain -Regina Dalmau- en mal de création et une jeune fille de 20 ans -Judit- qui la vénère. Depuis ses 15 ans, Judit suit avidement tout ce qui touche Regina Dalmau, elle rassemble dans un classeur toutes les coupures de presse critiquant ses romans, les interviews qu'elle donne, elle ne manque pas une émission radio ou télévisuelle. Dans toutes les situations de sa vie, elle imagine les propos ou attitudes des héroïnes de Regina. Elle vit par le truchement de ces écrits et dans le secret espoir d'être la disciple de Regina Dalmau, car elle rédige dans des carnets qu'elle ne soumet au regard de personne sa vie, ses états d'âmes ainsi que des nouvelles. Le contact entre les deux femmes va s'établir à une conférence où Judit est la seule auditrice jeune de l'assemblée ce qui saute aux yeux de notre romancière qui est en pleine crise de confiance en elle, en période de doute sur son travail et sur ses lectrices. Judit ose l'approcher et Regina l'invite à venir chez elle. Les sentiments des deux femmes sont bien décrits, le noeud qui les lie est la création littéraire. Regina Dalmau a eu un mentor Teresa, qu'elle a perdu de vue et n'a pas accompagné dans ces derniers instants. Le roman repose sur le parallélisme entre le désir de Judit d'être la disciple privilégiée de Regina ce qui est loin d'être évident à réaliser quand l'idole est désemparée et ne semble pas disposée à voir ce qui se passe autour d'elle et le rapport passé de Regina et Teresa, où Teresa essayait d'insuffler à Regina le dur travail que suppose l'écriture. Ne pas se contenter de la facilité d'écriture dont elle dispose mais fouiller les choses.

Publié dans Roman espagnol

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Le cimetière des bateaux sans nom d'Arturo Perez Reverte

Publié le par Brouillard

Le cimetière des bateaux sans nom d'Arturo Perez Reverte

Traduit de l'espagnol par François Maspero

Seuil, 2001 (568p.)

Titre Original : La carta esférica

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Un marin exilé de la mer follement épris d'une femme dangereuse et belle. Un brigantin englouti depuis plus de deux siècles dans la pénombre verte de la Méditerranée. Une ancienne carte nautique qui n'en finit pas de révéler ses énigmes. Un secret dont les bribes éparpillées dans les liasses jaunies des bibliothèques et des musées excite la convoitise de chasseurs d'épaves sans scrupules. Et une fabuleuse histoire d'amour et d'aventure dont l'inoubliable héroïne est la mer. De Melville à Stevenson, de Conrad à Patrick O'Brian, c'est toute la grande littérature de la mer qui revit dans les pages de ce fascinant et merveilleux roman, comme un hymne à l'or magique des rêves et une métaphore de la part d'ombre tapie en chacun de nous.

 

 

Voici une plongée dans le temps et dans l'Histoire de Charles III et de son rapport avec les Jésuites. Leur brigantin, le "Dei Gloria" parti de la Havane a sombré en 1767 près des cotes espagnoles après avoir été attaqué par un bateau corsaire, le "Chergui". Un mystère entoure ce drame : pourquoi le Dei Gloria naviguait-il sans escorte ? Que cachait-il ? Officiellement rien de valeur, mais les circonstances de sa disparition sont des plus étranges dans un climat où le roi voulait dissoudre la Compagnie de Jésus. 

Roman historique et d'aventure, Arturo Pérez Reverte nous livre ici un récit très documenté sur les modalités de calcul des longitudes et latitudes au XVIIIème siècle et de nos jours. Il se pose en guide pour le lecteur, rappelle les circonstances historiques des événements, nous immerge dans cette quête.

Les portraits des personnages sont nets : Coy, le marin marchand qui est une brute amoureux de la blonde Tanger Soto aux multiples tâches de rousseur qui animent tous les fantasmes du mâle. Tanger est dangereuse, froide, calculatrice, prête à tout pour atteindre son but à savoir retrouver l'épave du brigantin et le trésor qui s'y cache. Elle manigance afin d'être plus rapide que Palermo, autre chasseur d'épaves intimidant, qui fait filer Coy et Tanger par son homme de main, Horacio Kiskoros, un nain argentin connu pour être un tortionnaire. Le décor est planté. Les pièges sont multiples tant dans l'interprétation des documents que dans la menace concurrente représentée par les autres chasseurs d'épaves et les autorités maritimes qui interdisent ces pratiques, en vue de préserver l'héritage historique.

Mon ressenti est mitigé : j'ai apprécié la recherche historique, les paliers jusqu'à la résolution du mystère, mais pas les personnages, leur caractère et relations . Distante, je fus.


Publié dans Roman espagnol

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El ultimo lector de David Toscana

Publié le par Brouillard

El ultimo lector de David Toscana

Roman traduit de l'espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo

Zulma, 2009

 

 
Au nord du Mexique, la sécheresse frappe le village d'Icamole.
C'est là que Lucio, devenu bibliothécaire par la grâce d'un projet gouvernemental, nage dans un océan de fiction. Il lit chaque titre avec fureur ou délectation, laissant à tout moment les récits empiéter sur la réalité. Quand son fils lui révèle qu'il a découvert le cadavre d'une fillette dans son puits, c'est dans la littérature qu'il cherche une explication. N'est-elle pas l'héroïne de la Fille du télégraphiste ? ou la Babette d'un célèbre roman ? L'enquête policière tourne autour des révélations du bibliothécaire et éveille la curiosité de la mère de l'enfant, grande lectrice elle aussi...
Un roman jubilatoire, où toutes les interrogations sur les enjeux de la fiction nous ramènent à la grande tradition du réalisme magique sud-américain des Garcia Marquez ou Juan Rulfo.
 
Ce n'est pas à proprement parler une enquête policière, car Lucio ne cherche pas à savoir pourquoi ni comment cette fillette a atterri dans le puits de son fils. Cette mort est prétexte à déclamer des extraits de romans (fictifs eux aussi) et à pousser son fils, Remigio, vers la lecture. Lucio est dur, intransigeant dans ses choix, arbitraire et partial. Veuf, son fils vivant dans uhne demeure à la sortie de la ville, Lucio n'a que les livres pour lui tenir compagnie. Bien qu'il ne travaille plus - sa bibliothèque ayant été fermée-, il poursuit inlassablement sa découverte littéraire et surtout sa censure. La mort de l'enfant va le conduire à faire une rencontre : la mère d'Anamari qu'ils nomment tous deux Babette. A aucun moment la mère ne le questionne pour savoir comment il a fait ce rapprochement, elle comprend qu'il a vu le cadavre de sa fille et qu'il a reconnu en elle l'héroïne du récit de Pierre Laffitte. Une connivence éphémère les lie, ils partagent aussi quelques goûts littéraires, mais l'unique intérêt de Lucio sont ses livres.
Les extraits de romans que citent Lucio sont des personnages a part entière qui interviennent sur l'intrigue et qui créent -pour le lecteur que nous sommes- un flou entre la réalité dans laquelle vit Lucio et la fiction des récits. Les citations ne sont pas signalées comme telles dans le corps du texte ce qui mélange fantaisie, imaginaire de Lucio et son véritable quotidien. De plus, ce roman offre une autre vision du Mexique avec les difficultés de vie de ce village isolé, victime de sècheresse où les habitants vivent côte à côte sans se mêler et loin des préoccupations littéraires de Lucio.
Lien vers le site de Zulma et un interview de David Toscana

Publié dans Roman espagnol

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Nouveaux chapeaux pour Alice de Julian Rios

Publié le par Brouillard

Nouveaux chapeaux pour Alice de Julian Rios
traduction de l'espagnol par Geneviève  Duchêne
Editions Tristam, 2007; 115 pages
Titre original : Nuevos sombreros para Alicia, Seix Barral, 2001


http://www.images-chapitre.com/ima0/original/195/1582195_3403054.jpg


Pour séduire Alice, le Chapelier Fou va lui proposer - autant de fois que le livre compte de chapitres - un chapeau et une histoire qui lui fasse perdre la tête.

Paris...le Bronx...la Florence du XVIè siècle...l'univers de Shakespeare...celui de Kafka...chaque fois qu'Alice essaye un nouveau chapeau, la voilà embarquée dans un monde différent, et le lecteur avec elle, portés par une imagination aparemment sans limites. Mais dès que nous pensons avoir compris, le miroir se brise. Et à nouveau nous sommes projetés dans une autre dimension.

Juan Goytisolo a vu dans ces textes d'une virtuosité confondante "la démonstration des pouvoirs troublants de la littérature découverts par Cervantès : ceux de nous faire passer de la quiétude au vertige du mouvement sans cesser d'être immobiles, accrochés aux pages d'un livre  qui nous emporte dans d'étranges mondes et du même coup nous immobilise dans la littérature."

La quatrième de couverture était plus qu'attrayante et pourtant je n'ai pas été transportée! Ce passage d'histoires plus folles, décousues les unes que les autres ne m'a hélas pas fait sourire. Le Chapelier Fou n'a pas su me séduire, mais peut-être que pour vous il en sera autrement!



Publié dans Roman espagnol

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Je suis un écrivain frustré de José Angel Mañas

Publié le par Brouillard

Je suis un écrivain frustré de José Angel Mañas
Traduit de l'espagnol par Jean-François Carcelen
Editions Métailié, 1998

161 pages


http://imados.fr/content/6/0/7/36074/je-suis-un-ecrivain-frustre_couv_book_medium.jpg


Un  professeur d'université, critique littéraire célèbre, écrivain sans succès, fait du lecteur le  confident épouvanté, prisonnier de la logique criminelle.
Mañas garde un difficile équilibre entre l'horreur, le pathétique, le grotesque et l'humour. Il écrit un psychothriller ironique et féroce sur le monde de la littérature et de l'édition.
Un roman d'une efficacité redoutable qui trouvz sa force dans un rythme trépidant.

Pour assouvir son rêve de réussite littéraire, J., le protagoniste est prêt à tout. L'engrenage est lancé lorsqu'une étudiante lui soumet un roman. Il s'imagine lire une niaiserie supplémentaire au lieu de quoi, il se trouve en présence d'un chef-d'oeuvre !
Nous assitons au cheminement intérieur du personnage, à sa folie. Bien que le succès littéraire soit au rendez-vous la psychose de J. ne disparaît pas et son quotidien n'est pas plus heureux. C'est un livre noir sur une descente aux enfers qui fait de nombreuses victimes !



Je suis un écrivain frustré.
C'est en grande partie de là que vient mon rapport difficile au monde extérieur. Si j'avais pu assouvir ma passion de l'écriture, aujourd'hui, je n'en serais pas où j'en suis.

Publié dans Roman espagnol

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