Un roman argentin de Gilles D. Perez

Publié le par Brouillard

Un roman argentin de Gilles D. Perez

Edition naïve, 2013 (sortie prévue pour le mois d'août), 181 p.;

ISBN 978-2-35021-323-1

 

Un Parisien d'une quarantaine d'années, fasciné par les livres et l'Argentine mais n'ayant jamais écrit ni voyagé, s'embarque sur un vol pour Buenos Aires en vue d'y faire la connaissance d'un libraire. En plein milieu de l'Océan, le Boeing 747, pris dans une tempête, risque le crash. Devant l'imminence de sa fin, le narrateur se laisse enfin emporter par sa voix intérieure et invente cette Buenos Aires qu'il ne connaîtra pas, dans un hommage littéraire aux écrivains argentins réputés pour leur brouillage entre réalité et fiction.
Une galerie de personnages hauts en couleurs peuple ce voyage initiatique à la rencontre d'un double improbable. Gilles D. Perez nous emporte dans une tourmente inventive, un véritable roman argentin.



Livre reçu dans le cadre du partenariat Masse Critique de Babelio.

Je remercie l'éditeur naïve pour cette collaboration qui m'a permis de découvrir cet auteur et ce titre.

 

L'amour fou de la littérature, voilà ce qui me lie dès la lecture du résumé au personnage central. Outre cet aspect, un deuxième élément m'attire à lui, l'évocation du travail d'écriture qui se déploiera dans le livre. Il rêvera -au même titre que moi- sa rencontre avec l'Argentine, cet exotisme qu'il a effleuré dans ses lectures de Borges, de Cortazar ou d'autres auteurs.

"Mais je ne pourrai pas quitter la ville dans un de ces innombrables autocars qui descendent vers le sud, et roulent durant des heures sur des routes désespérément rectilignes sans croiser le moindre véhicule ; cette immensité est devenue le lieu des histoires minimes depuis la conquête du désert, je ne la connaîtrai jamais. Et le goût du maté non plus."

Le début du récit commence à la troisième personne : "il est assis dans un avion [...] Ou alors cela pourrait commencer de manière plus impersonnelle". Nous entrons de plein pied dans une mise en abîme. Nous lisons les différentes versions de l'incipit du récit que le personnage central imagine pour relater l'événement qu'il vit. C'est à une figure d'auteur que nous faisons face, avant de retrouver assez rapidement le personnage qui s'exprime à la première personne. Grâce à ses nombreuses lectures et à son métier de "nègre ou rewriter", il maîtrise bien les figures de style et leurs effets sur le récit. C'est pourquoi, dès que l'une d'elle apparaît, il ne manque pas l'occasion de la nommer et d'expliquer son emploi. De même le rythme du récit compte, "Un octosyllabe. Le souffle de la vie- c'est huit."

Gilles D. Perez recourt à l'énumération pour accentuer les habitudes du personnage qui mange tous les dimanches chez ses parents, qui a une vie bien réglée, calme, tranquille, banale "je n'ai rien recherché d'autre que la douce familiarité de la vie quotidienne". Ces dernières permettent d'essayer d'atteindre l'exactitude dans les descriptions, de les étayer de façon à ce qu'elles se déploient et donne à voir, à imaginer. Durant tout un paragragraphe les phrases sont construites à l'aide de la même tournure : "il y a eu", "il y a eu la musique et les livres. [...] il y a eu un tel amour de la vie que j'ai parfois eu l'envie d'en mourir". L'anaphore renforce l'expression des sentiments. Nous partageons le passé, le présent et nous sommes conviés à suivre les pérégrinations de l'imagination du personnage dans cette situation de crise qui bouleverse sa perception sur le monde et sur lui sans pour autant le rendre hystérique, désespéré. Il est posé, observateur des autres et surtout de ses sentiments. Le récit alterne entre passages rêvés où l'art de l'écrivain se met en scène et ceux réels des perturbations dans l'avion. 

 

C'est un texte riche, très travaillé, fourni en références littéraires, culturelles sur l'Argentine- autre personnage du récit. Le seul bémol à noter réside dans sa mise en page : le choix d'une taille de police un peu petite, un texte un peu trop ramassé sur lui-même ralentissent la lecture.

Publié dans Roman français

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Fleur 02/09/2013 15:20


J'ai laissé un petit award ici pour toi:


 


http://unoeildesmots.wordpress.com/2013/09/02/the-versatile-blogger-award/


 


 

Brouillard 10/09/2013 12:17



Merci Fleur ! ^^ cela fait chaud au coeur !