Tant que nous vivons de Maruja Torres

Publié le par Brouillard

Tant que nous vivons de Maruja Torres

Métaillié, 2003

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En ce jour de la Toussaint, Judit marche dans Barcelone vers son rendez-vous avec Regina Dalmau, la célèbre romancière qu'elle admire de façon obsessionnelle. Avec l'ingénuité de ses, vingt ans, elle est persuadée que celle-ci va reconnaître son talent littéraire et l'aider à fuir sa banlieue populaire. Judit ignore que Regina, à l'approche de la cinquantaine, se pose des questions sur son succès et le sens de ce qu'elle écrit. Judit est engagée comme secrétaire. Sa présence va obliger Regina à affronter les véritables raisons de la crise qu'elle traverse et à chercher, dans un passé qu'elle a mis sous clef, le souvenir de celle qui a guidé ses pas d'écrivain. Dans cette histoire d'admiration, de jalousie, de vérité et de mensonge, de haine et d'amour, trois femmes sont à la recherche de leur identité et de leur place dans le monde. Maruja Torres décrit avec subtilité et justesse les liens qui se tissent entre les femmes à travers les générations et au-delà des liens du sang, ainsi que la façon dont se transmettent les expériences vitales les plus fondatrices. Prix Planeta 2000, ce roman a eu un très grand succès en Espagne.

 

"Végéter. Elle appuya sur une touche de l'ordinateur et une batterie de cartes rouges et noires en miniature se déploya sur l'écran, l'invitant à entamer une nouvelle réussite. Je vous perdrai bientôt de vue, murmura-t-elle, en s'adressant aux cartes, et cet engin servira à ce pour quoi il est fait ; à écrire des romans l'un après l'autre. Comme ça avait toujours été le cas, avant ces interminables mois de stérilité. Deux ans, pour être exacte."

 

Cette citation me semble une bonne entrée en matière dans ce roman dont les protagonistes sont une femme écrivain -Regina Dalmau- en mal de création et une jeune fille de 20 ans -Judit- qui la vénère. Depuis ses 15 ans, Judit suit avidement tout ce qui touche Regina Dalmau, elle rassemble dans un classeur toutes les coupures de presse critiquant ses romans, les interviews qu'elle donne, elle ne manque pas une émission radio ou télévisuelle. Dans toutes les situations de sa vie, elle imagine les propos ou attitudes des héroïnes de Regina. Elle vit par le truchement de ces écrits et dans le secret espoir d'être la disciple de Regina Dalmau, car elle rédige dans des carnets qu'elle ne soumet au regard de personne sa vie, ses états d'âmes ainsi que des nouvelles. Le contact entre les deux femmes va s'établir à une conférence où Judit est la seule auditrice jeune de l'assemblée ce qui saute aux yeux de notre romancière qui est en pleine crise de confiance en elle, en période de doute sur son travail et sur ses lectrices. Judit ose l'approcher et Regina l'invite à venir chez elle. Les sentiments des deux femmes sont bien décrits, le noeud qui les lie est la création littéraire. Regina Dalmau a eu un mentor Teresa, qu'elle a perdu de vue et n'a pas accompagné dans ces derniers instants. Le roman repose sur le parallélisme entre le désir de Judit d'être la disciple privilégiée de Regina ce qui est loin d'être évident à réaliser quand l'idole est désemparée et ne semble pas disposée à voir ce qui se passe autour d'elle et le rapport passé de Regina et Teresa, où Teresa essayait d'insuffler à Regina le dur travail que suppose l'écriture. Ne pas se contenter de la facilité d'écriture dont elle dispose mais fouiller les choses.

Publié dans Roman espagnol

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