Rêves oubliés de Léonor de Récondo

Publié le par Brouillard

Rêves oubliés de Léonor de Récondo ; Points, août 2013

"Sélection 2014 pour le prix du Meilleur roman des lecteurs de points"

Reçu dans le cadre du partenariat Masse critique de Babelio

 Rêves oubliés de Léonor (de) Récondo

 

A l’ombre des pins, ils ont oublié le bruit de la guerre et la douleur de l’exil. Dans cette ferme au cœur des Landes, Aïta, Ama et leurs trois enfants ont reconstruit le bonheur. Dans son journal, Ama raconte leur quotidien, l’amour, la nécessité de s’émerveiller des choses simples et de vivre au présent. Même dans la fuite, même dans la peur, une devise : être ensemble, c’est tout ce qui compte.

 

Née en 1976, Léonor de Récondo est violoniste et écrivain. Elle se produit avec de nombreuses formations et enregistre des CD et DVD. Elle est l’auteur de La Grâce du cyprèsblanc et de Pietra viva.

  coeur

 

Sur Babelio, pour donner envie de lire ce titre le résumé commençait ainsi : "Quand il arrive à Irun où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d'août 1936, le Pays Basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. " De ces trois phrases, j'ai mis en relief les éléments qui ont retenu mon attention.

C'est par le prisme d'une famille qu'un pan de l'Histoire va s'ouvrir à nous. Il s'agit d'une famille espagnole, dont certains membres sont des activistes, qui vit à la frontière entre l'Espagne et la France, séparées par le fleuve de la Bidassoa. C'est d'ailleurs à Hendaye, ville limitrophe visible depuis la baie de Chingoudy, que Aïta, sa femme Ama, leurs trois fils, les parents d'Ama et ses frères trouvent refuge. Ce paysage je le connais, je l'ai visité, ce qui accroît pour moi l'intérêt de la lecture car cela me permet de m'immerger d'autant mieux que l'écriture de Léonor est efficace.    - L'exil-.

Voilà le thème de roman. Comment rendre l'exil palpable ? Comment donner à ressentir  dans un récit le déchirement de cette situation ? Etre exilé c'est être obligé de vivre hors de sa patrie, c'est une contrainte dont le résultat consiste à trouver refuge dans un autre pays. Ce qui est l'élément déclencheur de cette fuite c'est la naissance de la dictature du général Francisco Franco le 1er octobre 1936. Mais il faudra attendre la fin de la guerre civile en 1939 et la victoire de Franco pour que les frontières deviennent hermétiquement closes. "Nous sommes ici depuis de si nombreux mois et je réalise seulement au soir de cette triste journée que nous avons vécu uniquement dans l'espoir du retour. Ce rêve a lentement embrumé nos esprits, et maintenant la réalité nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les frontières. Tant que le dictateur sera au pouvoir, nous ne pourrons pas revenir, nous le savons." C'est Ama qui écrit dans un carnet cette réflexion. Le roman alterne entre un récit à la troisième personne et des pensées d'Ama ou des autres personnages. Il n'y a pas de géométrie structurale, les pensées apparaissent à des moments imperceptibles de l'histoire, ils ne respectent pas la régularité d'un métronome, ils sont plus proches des rythmes de la vie. Lorsqu'ils sont nécessaires ces passages apparaissent pour éclairer différemment un événement. 

L'écriture de Léonor retranscrit la nostalgie, la force de vie générée par la famille et l'être aimé qui permettent de transcender un présent douloureux, dur, misérable. L'amour des siens, le fait d'être ensemble dans une épreuve si incompréhensible sont des atouts dans ce temps de crise où la guerre avec l'Allemagne vient accentuer cette crise. Voilà leur destin cloué plus profondément à la douleur, aux privations, à la rupture avec leur pays : l'Espagne. D'Hendaye, leur exil s'enfonce dans les terres françaises puisqu'il les conduit dans une ferme des Landes, les isole en partie du tumulte des grandes villes et des dénonciations et persécutions qu'ils pourraient subir du fait même d'être des étrangers alors que c'est la guerre en France, mais ne les préserve pas. " La guerre, c'est cela : la haine, les cris, l'incompréhension, la peur, la mort. [...] La guerre, c'est cela aussi : l'imaginaire d'un enfant qui passe de la lumière à l'ombre."

C'est sur cette dernière citation que je voudrais vous convier à lire ce roman, vous le recommander vivement. J'espère ne pas vous avoir perdu dans cette longue critique, mais au contraire avoir réussi à vous accrocher, à vous conduire vers ce titre, ce coup de coeur.

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