Régis de Sa Moreira

Publié le par Brouillard

 

Régis de Sá Moreira est né en 1973.

En 2012 paraît son cinquième roman intitulé La vie.

  La vie

Tous ses titres ont été publiés chez l'éditeur Au diable vauvert
Son premier roman, Pas de temps à perdre, a été lauréat du Prix Le Livre Élu en 2002.

Product image   Ensuite il publia Zéro tués Product image



Le Libraire Product image et Mari et femme. Product image

 

Je les ai tous lus -même le dernier en date- et ce furent des coups de coeur..

Ma rencontre avec Régis de Sa Moreira s'est faite par le truchement du Libraire. Comme vous aurez pu le constater, tous les récits qui traitent du monde des livres, de la création littéraire m'attirent, m'appellent.

Ce fut le cas pour ce livre au titre plus qu'évocateur ! Le libraire est un récit plein de tendresse, d'humour, de douceur. C'est d'ailleurs ce qui caractérise l'écriture de Régis de Sa Moreira. Il s'attarde sur l'intériorité du personnage, il nous donne la clé pour rentrer en lui, comprendre son amour pour la littérature qui le place loin des considérations commerciales (loin des reproches et du cynisme dépeint dans le récit-témoignage de Fahrenheit 2010 d'Isabelle Desquelles).

J'ai été transpercée par ce regard doux même dans les sujets sombres de la déchirure du couple dans Mari et femme ou du mal être dans Zéros tués. Son écriture est légère, posée. Elle n'est pas agressive, frénétique. Il est un doux rêveur, qui crée une harmonie, il prend le temps de laisser son imagination s'épanouir dans des scènes parfois loufoques. En effet, caractériser l'écriture de Régis de Sa Moreira est difficilement résumable, car ce n'est pas un auteur que l'on peut faire rentrer dans une case générique. Toutefois les maîtres-mots sont tendresse et humour. Il est un adepte des phrases courtes, des paragraphes et des retours à la ligne qui font naviguer les récits à la limite du poème. Ce choix d'écriture ajoute de la force à ses thématiques : l'altérité, la connaissance de soi et de l'autre dans le couple, le regard porté sur le monde et sa place dans celui-ci. Dans tous les textes sauf celui du Libraire et La vie, nous sommes en présence de couples : naissant (Pas de temps à perdre), en crise (Mari et femme) ou sur la corde raide (Zéro tués).

 

Dans Pas de temps à perdre, le récit s'attache à la naissance d'un couple dans un univers où le fantastique prime. Les personnages et leur environnement sont en perpétuel mouvement. Leur habitation dispose d'une volonté propre, incessante de mobilité que même eux ont des difficultés à dompter. Mais c'est pourtant ce charme, cette magie du lieu qui en font un douiller foyer, leur demeure, celle dans laquelle ils se sentent en sécurité, en harmonie pour laisser libre cours à leur amour. Ce récit est un hommage à la magie de l'amour et à sa liberté. 

 

 Dans Mari et femme, il traite le sujet déjà évoqué de l'échange de corps entre le mari et la femme, mais l'originalité du point de vue réside dans le fait que la femme essaie d'avoir un droit de regard sur son corps et n'y parvient pas car son mari continue d'adopter son attitude habituelle, désinvolte dans le corps de sa femme et inversement. Le regard porté sur son propre corps depuis ce point de vue extérieur fait de son ancien corps un étranger. Leurs corps se métamorphosent, ils apprivoisent leur nouveau vaisseau, s'en emparent.

 

Une autre vision du couple est projeté dans Zéro tués. Nous sommes face à une autre fracture, inattendue par le personnage féminin. Ce roman interroge d'une manière décalée sur le sens de l'existence et celui plus intime du couple. Clara trouve son mari Joseph pendu, sa réflexion porte sur la manière dont son époux à acheter sa corde. Que dit-on au vendeur? Quant à Joseph, nous assistons à sa rencontre étrange avec le créateur. L'acte du suicide est dédramatisé et nous retrouvons avec plaisir la spécificité de ton et d'écriture de Régis de Sa Moreira qui nous plonge dans un univers onirique, aux limites de l'absurde.

 

Le dernier titre paru La vie tire une nouvelle fois son épingle du jeu : l'originalité de forme et de traitement de la vie quotidienne sont au rendez-vous. Le récit est une suite de paragraphes liés les uns aux autres par la référence à un personnage. Je m'explique, dans le métro un homme regarde une femme qui sourit, le paragraphe suivant va éclairer sur les raisons du sourire de cette femme qui implique une autre personne qui va être pris en charge par le paragraphe suivant. C'est la vie et le rapport aux autres qui est ici dépeint avec tendresse et justesse. Ce sont des petits bouts de vie, des instants.

Publié dans Roman français

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