Océan mer d'Alessandro Baricco

Publié le par Brouillard

Océan mer d'Alessandro Baricco (274p.)

Albin Michel, 1998

ISBN : 2-226-09570-5


Il y a bien longtemps de cela, au milieu d'un océan, une frégate de la marine française fit naufrage. Cent quarante-sept hommes tentèrent d'en réchapper en prenant place sur un radeau. Une horreur qui se prolongea des jours et des jours, durant lesquels se donnèrent à voir la férocité extrême et la pitié la plus douce. Il y a bien longtemps de cela, sur le bord de l'océan, arriva un homme. Ce qui l'avait amené là était une promesse. La pension dans laquelle il s'arrêta s'appelait Almayer. Sept chambres. D'étranges enfants, un peintre, une femme très belle, un professeur avec un drôle de nom, un homme mystérieux, une jeune fille qui ne voulait pas mourir, un prêtre amusant. Tous là, à chercher quelque chose, en équilibre sur l'océan. Il y a bien longtemps de cela, ces destins et d'autres rencontrèrent la mer et en revinrent marqués. Ce livre les raconte, parce que en les écoutant, on entend la voix de la mer. Il peut se lire comme un récit à suspense, un poème en prose, un conte philosophique ou un roman d'aventures. Ce qui domine en tout cas, c'est la jubilation de raconter des histoires, à travers une écriture et une technique romanesque sans modèles ni antécédents. Après Châteaux de la colère et Soie, Océan mer confirme le talent si particulier d'Alessandro Baricco, aussi surprenant par la subtilité de son style que par ses propos insolites, sa générosité et sa tendresse. 

  coeur

 

Que de poésie dans le style, la syntaxe et le choix des mots pour parler de la mer. Baricco joue avec son sujet, fait vivre sous nos yeux les pièces de son conte, destructure parfois les phrases dans un écoulement lent. Des personnages distincts sont réunis dans un même lieu, la pension Almayer pour y vivre quelques temps. C'est un lieu coupé du monde, au rythme particulier, qui semble tenu par des enfants étranges, entourés de mystère. Les destins des personnages sont emplis de magie, ou simplement étranges. Tous semblent réunis pour échapper à un poids : la maladie, l'adultère ou pour rechercher une réponse que seule la mer est en mesure de donner. Un peintre tente de peindre cette dernière et réalise combien cette entreprise est plus complexe que de faire des portraits; un scientifique essaie de trouver la limite de la mer pour ajouter un article à son encyclopédie des limites. Tous les regards sont tournés vers l'océan, cette étendue d'eau qui ne se laisse pas dicter sa loi par le mouvement des hommes, qui conserve son indépendance, sa liberté et son propre langage sans se soucier le moins du monde des hommes. La deuxième partie des trois qui composent le récit, s'attache à décrire les circonstances d'un naufrage et la dérive du radeau avec à son bord des hommes perdus qui découvrent un autre visage de la mer : impitoyable, immmuable. Les  hommes se révèlent dans l'adversité. La mer, elle, est éternelle, elle a ses humeurs et l'homme n'est qu'un minuscule objet sur le cours de son temps.

La mer est belle, attractive, terrible, secrète. Voilà comment les hommes la considèrent. Mais la mer n'a cure de toutes appelations, de tous ces adjectifs. La mer vit, ressasse, émet invariablement le même son.

Publié dans Roman italien

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