Mine de petits riens sur un lit à baldaquin de Radu Bata

Publié le par Brouillard

Mine de petits riens sur un lit à baldaquin de Bata Radu Galimatias, 2011 

Merci Masse critique de Babelio

Radu Bata - Mines de petits riens sur un lit à baldaquin

Épigraphe : « Le sommeil est un musée de poupées de cire dont je suis le proxénète à la retraite »


Un recueil sur le sommeil qui fait la part belle à la veille. Un livre kaléidoscope qui contemple la nuit avec des yeux aveuglés par le soleil des hommes. Un parcours personnel en morceaux, à mi-chemin entre journal, poésie et narration, où le langage et ses éclairages font des pirouettes quand ils ne sortent pas du chapeau des lapins volants. Des galettes de textes aussi divers que possible qui cachent des fèves : rhétoriques, encyclopédiques, étymologiques, polyphoniques, humoristiques...
« Mine de petits riens sur un lit à baldaquin » est « le testament français d’un voyageur sans bagages ».

 

Ce journal de pensées est original tant dans son écriture que dans les idées. De la prose aux vers, le sommeil est la thématique des réflexions de l'auteur. Ce petit livre est un ovni dans les publications actuelles, une source de renouvellement qui peut se lire en continu ou non. Il est possible d'ouvrir au hasard le livre et de prendre connnaissance du texte qui se laisse pétrir sans résistance. Un texte ou plusieurs à lire avant de s'endormir, permettent de prendre conscience de l'acte même de dormir. Radu Bata semble enclin à des difficultés à trouver le sommeil, à des ruptures de cycle et il s'interroge sur le pourquoi de ces situations.

 

"Altercation sur l'oreiller" (13/09/2010)

Il ne va pas bien ces derniers temps, mon Marchant de Sable. Il prend du retard et de plus en plus souvent. Il a des bouffissures et des moments d'absence. Il est étourdi et il radote. Bref, il se fait vieux. Du coup, il se goure quand il ne se trompe pas franchement [...]

 

Je me dois de caractériser l'originalité des textes, ils sont construits sur le modèle suivant : un titre, une citation (d'abord empruntée à une personnalité puis non référencée) et le corps du texte. A cela s'ajoute des jeux typographiques qui confèrent parfois une polyphonie au texte. Nous sommes dans les méandres de l'esprit, du passage de la conscience à l'inconscient de l'auteur.

 

" Le sommeil n'est pas une docile Aphrodite" (Indéfinitions; 14/11/2010)

Le someil est une amazone dont vous êtes la nuit le cheval de bataille

Le sommeil est une femme seule et muette : il vit en autarcie, loin du commerce sonore des paroles

Le sommeil est une femme de Picasso avec un oeil myope à la place du sexe et une fleur bleue à la place du coeur [...]

 

Il se met en scène comme il met en scène le sommeil qu'il personnifie souvent. Ses images sont poétiques, il joue avec les mots, les sons. Il aime la langue et le piouvoir qu'elle lui confère pour interroger le sommeil. C'est un explorateur :

"Aller retour dans la case abandon" (03/11/201)

 

Silo : Charles Cros avait raison :"On meurt d'avoir dormi longtemps".

La genèse avait raison :"Tu es poussière et tu retourneras poussière".

Lovés dans leur panier, roulés dans la farine, les morts ont toujours tort.

 

 Mourir et dormir sont égaux devant Dieu : deux verbes irréguliers comme les vies qu'ils déterminent, ils ont l'accent, la texture, la morphologie quasi identiques et ce n'est pas un hasard.

Même observation pour mouroir et dortoir, noms masculins de grisâtre évocation. Au delà du lit sur lequel ils reposent, du revenanr r ou du suffixe éteignoir, leur ressemblance n'est pas fortuite; l'inconscient collectif les a assemblés à bon escient (!) dans le travail multiséculaire de formation de la langue.

 

Publié dans Litt étrangère

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