Maciej Niemec

Publié le par Brouillard

Maciej Niemec (1953- ) né à Varsovie

"Lettre" extrait de Trois poètes polonais

De toi je sais presque ce que de moi tu sais.
Quelque chose ne va pas chez toi, puisque tu lis
ou même écris peut-être des poèmes aujourd'hui
en Pologne. Tu ne saurais faire chose plus inutile.

Et puis, si peut-être. Je ne sais. En tout cas,
te voici à lire ces vers, lambeau infirme
de nos réalités indéfinies. Chez moi
c'est la nuit. Quatre juin, il fait frais, la pluie cesse.

Ce que tu vois semble être et est, je le sais,
réel. Le livre que tu touches, la table, le silence,
la fenêtre, le mur. cela pourrait être ainsi - mais il existe aussi
des hôpitaux, des prisons, des asiles, des bancs des squares.

Oui, aussi réels. Qui rendent difficile la conversation.
A travers les vitres, les murs, les grilles. Ce feuillet-
fatigue, quasi-paix, et l'abandon du jeu, pour autant que je le peux.

Je n'ai plus rien pour toi. Et jamais je n'ai eu
rien de plus. Souvent, moins. Le poème est juste la tentative
d'une conversation plus simple que la vie. Le poème est-il une lettre?
Non pas une lettre seulement - la Lettre.

Sais-tu les mots qu'il faut? Et si tu les cherches,
je ne dirai que cela : ne cherche pas trop loin;
ils sont là où tu es, s'ils existent. En allant
trop loin il te faudrait aller plus loin encore.

Ne te laisse pas berner par les mots. On ne peut en dire davantage
qu'à ceux que tu aimes - à l'enfant, à ta femme.
Et probablement, en dire plus ne vaut pas la peine.
Si tu n'aimes personne, tais-toi plutôt.

Ou bien pars, trop loin. tu ne seras pas justifié.
Tu ne trouveras ni réponse ni consolation.
Seulement les mots justes, peut-être. et un peu d'ironie,
au bout du vers, au lieu du point, elle veut poser un  point d'interrogation.

VI 1987

Publié dans Poésie

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