Les artistes de la mémoire de Jeffrey Moore

Publié le par Brouillard

Les artistes de la mémoire de Jeffrey Moore

Traduit de l'anglais (Canada) par Hélène Rioux,

Ed. Philippe Rey, 2007

Les artistes de la mémoire par Moore

Noel Burun voit les mots en couleur tout en étant doué d'une mémoire quasi photographique : se rappeler à peu près tout ce qu'il a vécu depuis sa naissance le laisse souvent confus et décontenancé. On le serait à moins. D'autant que sa mère, Stella, une femme encore jeune et belle, est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Noel, diplômé en psychologie de l'Université de Québec, a fait appel au Dr Emile Vorta - un neuropsychiatre célèbre mais pas très net - pour tenter de trouver une drogue miracle qui la guérirait. Aidé de trois amis (dont la belle Samira Darwich) tout aussi décalés que lui - et grâce à certains passages des Mille et Une Nuits -, Noel parviendra, non sans quelques dommages collatéraux, à mettre au point un médicament révolutionnaire. C'est l'ineffable Dr Vorta qui présente et annote ici l'affaire en détail : extraits de journaux intimes des différents protagonistes, interviews, coupures de presse, notes de laboratoire et " reconstitutions " dramatiques, le tout formant une sorte de kaléidoscope à la fois éblouissant, touchant, hilarant et, in fine, un roman... inoubliable.

 

Noel, Stella, mère et fils sont liés par une "anomalie" du cerveau : elle, est atteinte de la maladie d'Alzheimer, l'autre au contraire à une mémoire hors du commun. C'est un synesthète, un être qui lie dans son cerveau, les chiffres, les voix, les moments de sa vie à des couleurs, des images, des sensations sensorielles inconnues aux autres. De telles facultés sont étudiées par les chercheurs neurologiques, tel le docteur Vorta qui suit Noel et d'autres patients atteint de troubles de la mémoire qui sont devenus des amis de Noël. Tout semble possible au cerveau, c'est fantastique ! L'intrigue repose sur la recherche d'un antidote contre la maladie d'Alzheimer, recherches menée par des Noel, dans le laboratoire en sous-sol de chez lui, laboratoire de son père. Ses amis l'aident à veiller sur sa mère au jour le jour. Tous vivent sous le même toit, se relaient pour s'occuper de Stella et stimuler son cerveau. Il est assez difficile d'en dire plus, mais ce roman nous plonge dans les mystères du cerveau, ses pouvoirs, ses complexités, ses lacunes et la place que l'on occupe dans la société lorsque nous ne rentrons plus dans la case "normale".  Entre malades, et super-humains comment se sentir dans un monde qui classe les gens ? Quelle relation avoir avec autrui ? A qui faire confiance ? A qui parler, pour espérer être écouter et peut-être compris ? Peut-on guérir de la maladie d'Alzheimer ? L'écriture choisit par Jeffrey Moore est un peu délicate parfois à suivre, car il a opté pour le truchement de la recherche scientifique, les expérimentations. Le récit se présente comme l'élaboration d'un carnet d'expérimences, avec ses résultats et ses tatônnements. Les méandres du cerveau humain dans sa quête d'un remède contre la maladie d'Alzheimer sont parfois délicats à appréhender, à suivre, mais en même temps vivifiant pour relancer le récit. Il faut accepter de se perdre pour voir la lumière...

Publié dans Roman anglais

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