Le vertige danois de Paul Gauguin de Bertrand Leclair

Publié le par Brouillard

Le vertige danois de Paul Gauguin : roman de Bertrand Leclair chez Actes Sud dans la collection "un endroit où aller"; février 2014.


Bertrand Leclair - Le vertige danois de Paul Gauguin. Tout d'abord je souhaite remercier Babelio et Actes sud, pour l'envoi de ce titre.

 

Contraint de rejoindre sa femme et leurs cinq enfants à Copenhague, en novembre 1884, Gauguin n'est pas encore Gauguin, mais il le devient, confronté à l'hostilité qu'il génère. Au long d'une enquête tourbillonnante, Bertrand Leclair restitue le vertige d'un homme déchiré, incapable de renoncer à sa fascination pour la peinture.


Dès le sous-titre, le genre fictif est explicité. Pourquoi mettre l'accent sur cette information en ce début de billet ? Il me semble fondamental aussi de préciser les autres casquettes de l'auteur : journaliste et critique littéraire. Cela se ressent dans son écriture qui se rapproche d'une biographie documentée, appuyée sur des citations de correspondances qui jalonnent le texte ainsi que sur des critiques picturales. Parfois cette lecture me semble être celle d'une critique, d'un essai, où les blancs sont comblés par des hypothèses de l'auteur sur le ressenti de Paul Gauguin. Il y ajoute sa touche personnelle par des digressions qui recontextualisent dans le futur proche du protagoniste ou à notre époque les évènements du passé, l'impact du peintre Gauguin sur l'art.

 

Eugène-Henri-Paul Gaugin est né en 1848 d'une famille plutôt bourgeoise. Son père exerçait le métier de journaliste au National et sa mère, péruvienne, était la fille de Flora Tristan, femme de lettres, militante socialiste et féministe. Le tempérament de Paul Gauguin était marqué dans ses gènes. Le récit se situe à une époque où la légitimité du choix de vie de Paul Gauguin est loin d'être évidente, elle est au contraire  critiquée négativement par ses proches. Le roman s'attache à un épisode de sa vie (1884-1885) où il pose ses valises chez sa belle-famille les Gad, à Copenhague, parce que sa femme Mette veut lui faire oublier la peinture et le ramener dans le droit chemin, celui de pilier de famille qui gagne de l'argent pour mettre ses enfants à l'abri et leur assurer un avenir serein. Elle veut qu'il retrouve la respectabilité sociale qu'il a perdue. Or Paul Gauguin n'est absolument pas dans cette disposition. Il ne pense qu'à peindre : "moi, je ne puis faire qu'une chose peindre. Tout le reste me trouve abruti". Il est un autodidacte qui s'oppose à l'école danoise de peinture qu'il trouve trop contraignante et de laquelle aucune émotion ne se dégage d'après lui. Il est insensible à ce modèle, il est plus proche des impressionnistes et de leur recherche sur la lumière que des tableaux figuratifs qui sont recherchés par les acheteurs de peinture.  

 

Le travail très documenté fait par Bertrand Leclair, nous immerge dans une communauté de peintres, tisse des liens entre Pissaro et Gauguin, fait des passerelles, situe des mouvements picturaux les uns par aux autres. La correspondance de Paul Gauguin est ainsi un levier capital dans cette recontextualisation et dans cette approche théorique autant que pratique de sa peinture. Ce fut un moment de lecture très enrichissant. Toutefois je n'ai pas eu l'impression de lire une fiction, donc ce sous-titre "roman" m'a un peu déroutée dans l'attente initiale. La documentation nous plonge littéralement dans cette époque, c'est troublant de réalisme, de précisions.

Ce titre est un hommage au peintre Paul Gauguin, à une période de sa vie sur laquelle les écrits sont rares et ne s'appesantissent pas. Si vous aimez le peintre, vous aurez la sensation à la fin du livre de mieux le cerner, de comprendre ses difficultés, sa force de caractère et surtout sa passion pour la peinture.

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