Le livre des aveux de John Banville

Publié le par Brouillard

Le livre des aveuxde John Banville

roman traduit de l'anglais (irlandais) par Michèle Albaret

Babel, 1996

Titre original : The book of evidence, 1989

Illustration de couverture de la présente édition Renén Magritte, La reproduction interdite (détail), 1937

 

 

  John Banville, pour la première fois traduit en France, prend place avec ce livre parmi les plus vigoureux et les plus originaux des romanciers irlandais.

Le livre des aveux est la confession d'un homme inculpé et incarcéré pour l'enlèvement et le meurtre horrible, apparemment sans mobile, d'une jeune femme.

Tout au long d'un fascinant monologue, l'assassin — Frederick St John Vanderveld Montgomery, aristocrate désargenté — tente de justifier face à ses juges le crime qui a détruit sa vie ; il évoque ses années d'errance et de débauche, le malaise lancinant qui annonçait le drame.

Héritier de Joyce et de Donleavy, John Banville nous invite à suivre la dérive intérieure du meurtrier, jusqu'à ce que lui soit enfin révélée la vraie nature de son acte : un geste de mort dans un monde mort.

L'énigme policière, admirablement parodiée, n'est ici que prétexte à explorer la conscience coupable d'un être devenu, par désœuvrement, la victime ambigüe de sa propre barbarie 

Le livre des aveux a reçu en 1989 à Dublin, le « Guiness Peat Aviation Award », décerné par Graham Greene.

 

Le point de départ du drame est la position en étau du personnage. Coincé entre  un homme qui retient sa famille en otage contre le remboursement de l'argent qu'il doit et une mère qui l'a dépossédé de son héritage, il va vouloir récupérer les tableaux de son père. Mais la rencontre avec un tableau va le faire basculer tant l'émotion ressentie était violente et prégnante. 

 

Le roman met à nu autant que possible l'intériorité d'un homme qui tente non pas de justifier son geste, mais de nous faire vivre le cheminement qui le conduisit au meurtre. Une phrase tout à fait emblématique du personnage est la suivante : "Je l'ai tuée parce que je pouvais le faire, déclarai-je, qu'est-ce que je peux dire de plus? Cet aveu nous surprit tous, moi autant qu'eux." Loin d'être en présence d'un monstre, nous sommes face à un homme étranger à lui-même et à ce qui le pousse au crime. L'art de John Banville réside dans la puissance d'une écriture qui tire sur les mots pour atteindre au mieux la précision des pensées, du ressenti de l'individu dans tous les troubles qui le manifestent. Son vocabulaire est riche, ses phrases complexes, il n'hésite pas à apposer plusieurs adjectifs pour tendre au plus près de ce qui doit être dit. Cette recherche des mots incombe  aussi bien à son auteur qu'à son personnage qui procède à sa propre introspection. Ce travail est d'autant plus poussé qu'il est rétrospectif aux événements et qu'il se déroule dans un lieu propice au recueillement et à la méditation : en prison.

 

C'est le deuxième livre que je lis de cet auteur et j'en suis vraiment enchantée.

Ce récit n'est certes pas gai, mais qu'importe quand l'écriture est si proche de la vérité des sentiments et du malaise qui habite le personnage. La tension de la situation est bien rendue par les mots qui se déploient, multiples comme les facettes du moi. 

 

Je viens de me procurer du même auteur Les disparus de Dublin. Il s'agit d'un roman policier qu'il a écrit  sous le pseudonyme Benjamin Black. Je vous donnerai mon impression dans un billet prochain...

 

John Banville, né à Wexford, en Irlande, en 1945, vit à Dublin. Considéré comme l’un des plus grands stylistes de notre temps, il a été unanimement salué pas la critique et récompensé par de prestigieux prix littéraires, dont le Guardian Fiction Prize et le prix de la Fondation Lannan. Aux Éditions Robert Laffont, il a déjà publié Eclipse  et Impostures. Athéna constitue, avec Le Livre des aveux et Le Monde d'or, publiés aux Éditions Flammarion, un triptyque consacré à l’art. Son dernier roman, La Mer (Robert Laffont, 2007), a gagné le prestigieux Booker Prize en 2005.

Publié dans Roman irlandais

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maeve 06/07/2010 19:08


Je suis en train de lire "Les disparus de Dublin" et franchement, j'adore. Très différent de "La Mer", évidemment ! Et l'écrivain ne s'est jamais caché sous ce pseudonyme. Au contraire, il l'a
revendiqué.


Brouillard 07/07/2010 12:16



Je n'ai pas lu La mer de John Banville. En revanche je viens de finir Les disparus de Dublin et je suis conquise autant par l'écriture que par l'intrigue. Le cadre sombre bien documenté,
l'histoire difficile, les rapports délicats entre les personnages, tout est bien ficelé.