La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe

Publié le par Brouillard

La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe

Gallimard, janvier 2011 ; collection Folio décembre 2012

Maxwell Sim est un loser de quarante-huit ans. Voué à l'échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l'échec à l'âge adulte (sa femme le quitte, sa fille rit doucement de lui), il s'accepte tel qu'il est et trouve même certaine satisfaction à son état. Mais voilà qu'une proposition inattendue lui fait traverser l'Angleterre au volant d'une Toyota hybride, nantie d'un GPS à la voix bouleversante dont, à force de solitude, il va tomber amoureux. 

Son équipée de commis-voyageur, représentant en brosses à dents dernier cri, le ramène parmi les paysages et les visages de son enfance, notamment auprès de son père sur lequel il fait d'étranges découvertes : le roman est aussi un jeu de piste relancé par la réapparition de lettres, journaux, manuscrits qui introduisent autant d'éléments nouveaux à verser au dossier du passé. Et toujours Max pense à la femme chinoise et à sa fille, aperçues dans un restaurant en Australie, dont l'entente et le bonheur d'être ensemble l'ont tant fasciné. 
Va-t-il les retrouver? Et pour quelle nouvelle aventure? Brouillant joyeusement les cartes de la vérité et de l'imposture, Coe l'illusionniste se réserve le dernier mot de l'histoire, qui ne manquera pas de nous surprendre. Plus d'une génération va se reconnaître dans ce roman qui nous enchante avec un humour tout britannique, bien préférable au désespoir.

Etrange voyage d'un homme plus tourné sur sa vie passée que sur l'avenir. Mais d'ailleurs pour avancer, n'est-il pas préférable de bien se connaître ? Maxwell Sim rêve éveillé sur les femmes qui l'entourent, fantasme. Il cherche des repères, des appuis, se leurre sur les signes, les interprète mal, manque de recul sur lui.

" Je sais que je n'étais pas à sa hauteur, intellectuellement. Par exemple, je n'ai jamais lu autant qu'elle ; elle passait sa vie à lire. Attention, j'aime les livres, moi aussi. Quand on est en vacances, par exemple, et qu'on se fait rôtir au soleil au bord de la piscine, s'il y a une chose que j'adore, c'est bien bouquiner. Mais pour Caroline, ça allait plus loin. On aurait dit que la lecture était devenue une obsession, chez elle. Elle dévorait régulièrement deux ou trois livres par semaine ; des romans, surtout ; des romans "littéraires" ou "sérieux", comme on dit (je crois). "C'est pas un peu répétitif, au bout d'un moment ? Ils se mélangent pas tous dans ta tête ?" je lui ai demandé, une fois. Mais elle m'a répondu que je parlais sans savoir. "Tu es le genre de personne qui ne verra jamais un livre changer sa vie" disait-elle. "Pourquoi veux-tu qu'un livre change ma vie ? Ce qui change ta vie, c'est la réalité, c'est se marier, avoir des enfants. - Moi, je te parle d'élargir son horizon, d'élever son niveau de conscience." C'était un point sur lequel nous ne serions jamais d'accord. "  

Ce passage n'est pas le début du livre loin s'en faut, c'est une anecdote sur la vie de couple du personnage. Maxwell Sim est un homme dépressif, solitaire, silencieux, qui se méprend sur les signes que la vie lui lance, s'éprend de la voix de son GPS qui reste toujours égale alors que dans celle de Caroline, son ex-femme, il y percevait parfois de la frustration, de l'ennui, de l'agacement.

Le récit est divisé en trois temps : la découverte de Maxwell à poil dans son voiture bloquée par la neige, son périple et une troisième qui est la conclusion, l'achèvement de sa quête de lui-même. La littérature aura-t-elle modifié sa vie ? Il prend la parole pour ne pas dire la plume pour parler de lui, de son enfance où il n'était pas proche de son père et collé à sa mère décédée à 46 ans. Il revient sur sa rencontre avec son ex-femme qui l'a quitté 6 mois avant ce périple étrange tant dans la forme même choisie par l'entreprise de brosses à dents que par la tournure qu'il va lui donner au fil des kilomètres qui sont comme une descente vers l'enfer de son passé, un éclaircissement douloureux sur des épisodes marquants. Le récit n'est pas linéaire mais sinueux, rempli de digressions comme le surgissement impromptu d'un souvenir. Le personnage est sombre, en difficulté pour communiquer avec autrui, seul -contrairement à ce que les réseaux sociaux laissent penser. Il est déboussolé et cherche quelqu'un à qui se raccrocher. Il veut vivre !

Publié dans Roman anglais

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lecteur 02/10/2014 10:34


de ce portrait trés bien brossé d'un loser dépressif peu doué de discernement, et au fond trés commun, la conclusion annule l'impression purement négative du personnage plutôt nihiliste. En
effet, il a la ferme volonté de vivre et de mieux vivre. Cet élan le sauvera certainement.