La vie d'une autre de Frédérique Deghelt

Publié le par Brouillard

La vie d'une autre de Frédérique Deghelt

Babel, 2007

 

 

Hier soir, nous étions encore en 1988. Jeudi 12 mai. Un jour de décalage. C'est noir sur blanc, et ça veut dire que douze années se sont écoulées. En 1988, où je crois être encore, je viens de rencontrer Pablo. Mais en 2000, où je viens d'arriver, nous avons deux enfants. Mais moi, où suis-je dans tout ça ? Je ne me souviens de rien... Sinon du septième étage d'une rue de Montmartre. Je revois Pablo m'emmenant sur le balcon admirer le Sacré-Coeur. Pablo, la tête enfouie dans mon corsage, hurlant au milieu des fleurs qu'il me désire. Pablo qui, pour l'instant, est mon seul lien avec la veille. Que s'est-il passé pendant douze ans ?

Vous devez en avoir entendu parler, ce roman a été adapté au cinéma avec des rôles-titres tenus par Mathieu Kassovitz et surtout Juliette Binoche que nous n'avions pas vu sur nos écrans depuis plusieurs années. Je ne suis pas encore allée voir le résultat, car je voulais d'abord lire le livre.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Frédérique Deghelt, j'étais ravie du sujet que je trouvais originale, même si récemment j'ai lu -dans un autre registre- l'histoire d'une femme amnésique.

Les tergiversations de Marie, ses hésitations, ses découvertes m'ont émue, touchée, attendrie parfois ou exaspérée aussi.  Le point de vue de tout le roman est celui de Marie. Elle prend les choses comme elles viennent, elle se construit un masque de sourire, de silence, elle regarde son monde si différent de celui de ses 25 ans qu'elle vient de quitter.

Ses enfants, 2 puis 3 au total sont autant de source d'énergie que de pièges par rapport à une ancienne vie de célibataire. Ils demandent une attention de chaque instant, une organisation à laquelle il n'est pas évident d'être préparé. La vie de famille qui tombe sur le coin du nez est assez délicate à gérer, mais en se laissant guider par les enfants notamment, elle mène bien sa barque. Pablo, le bel homme qu'elle vient de rencontrer est son mari, mais l'aime-t-elle vraiment? Il est un peu prématuré pour répondre à cette question alors qu'elle commençait tout juste une histoire d'amour et qu'elle n'a aucun souvenir de ces 12 ans de vie commune.  

Cette femme va chercher à savoir ce qu'elle est devenue par rapport à ses envies et ses rêves de jeunesse. Elle va découvrir que son premier métier qu'elle vient de décrocher a été le sien pendant douze ans, avant ce nouveau réveil où elle apprend qu'elle est au chômage. Elle débusque des amies auxquelles se confier pour essayer ensemble de démêler sa vie et de l'aider à en extraire des repères. 

Ce personnage m'a emportée avec lui assez loin dans son hsitoire jusqu'à ce que je lui lâche la main, dépitée par une fin qui n'en fut pas une pour moi. Je ne dis pas que je voulais un miracle, mais je voulais des réponses plus claires. Finalement j'espérai que le brouillard se lèverait.

Le récit nous conviait dans une valse où l'amour était réinventée chaque jour. Une certaine innocence et candeur du début de la relation amoureuse se bâtissait à nouveau dans ce rapport de couple en perdition. L'esquisse du couple laissait place à des contours plus assurés. Les failles et craquelures, Marie avait pris le parti d'en faire abstraction, trop parfois à mon sens. 

C'est à une sensation d'inachevé que j'ai été confrontée à la fin de la lecture. 

Publié dans Roman français

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