La mort n'oublie personne de Didier Daeninckx

Publié le par Brouillard




Mai 1944 : le jeune Jean Ricouart entre dans la résistance. À la suite d'une opération à laquelle il participe, il est arrêté, torturé, déporté en Allemagne. Il ne rentre au pays qu'en février 1946, où il épouse Marie. Il est aussitôt accusé de meurtre par un juge qui officiait déjà du temps de Pétain, et condamné à sept ans de prison.
1963 : Lucien, le fils de Jean, se fait traiter de fils d'assassin. Il se sauve du lycée et meurt pendant sa fugue.
Vingt-cinq ans plus tard, un ami de Lucien, journaliste, enquête sur la vie de Jean Ricouart et l'interroge, comme pour confirmer cette ultime phrase écrite par Lucien : "Mon père n'est pas un assassin."


Magnifique roman, dont le réalisme est tel que nous avons plus l'impression de lire un document historique de cette époque que de lire un roman. Ou plus exactement, c'est là que réside tout l'art littéraire de l'auteur qui nous immerge dans cette époque où le jugement de ces résistants pour le "meurtre" d'un délateur soulève en nous un sentiment d'injustice. En temps de guerre, des décisions radicales sont prises dans un contexte exceptionnel, tout différent de celui de la paix : sauver son pays suppose de savoir éliminer ceux qui pourrissent un pays déjà mutilé.

Jean Ricouart n'est pas un héros, il est un anonyme qui est entré dans la résistance un peu par hasard. Il appartient au réseau qui s'est formé dans son village, il obéit aux ordres sans les remettre en cause, ne tue pas, mais ne dénonce pas non plus sous la torture. C'est un jeune homme fort qui se bat pour libérer son pays, qui aime et est aimé en retour par la fille d'un résistant qui le cache. Il connaît l'horreur des camps, mais la libération ne l'épargne pas puisqu'il est jugé et condamné. On lui reproche cette obéissance, cette absence de questions sur les actes auxquels il participait : le "meurtre" d'un imprimeur tué pour collaboration, l'éxécution d'un père et de son fils délateurs. Ce jugement jette l'opprobre sur la famille Ricouart.
Les parents vivent leur deuil en ignorant que leur fils s'est suicidé, victime de la méchanceté des autres enfants qui accusaient son père d'être un assassin. Ce silence sur la cause du décès de Lucien est comme un deuxième jugement de culpabilité énoncé contre le père. Cet homme qui a connu des hommes droits qui ont donné leur vie pour leur pays, mais aussi des gens mesquins même au sein de la résistance.
Le journaliste, en retraçant l'histoire, va faire des découvertes importantes qui vont à nouveau faire de Jean une victime, mais cette fois-ci il prendra son destin en main.

Ce roman est devenu un classique et pour cause il est très bien écrit, structuré et l'histoire est forte

Publié dans Roman policier

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