La garçonnière d'Hélène Grémillon

Publié le par Brouillard

La garçonnière d'Hélène Grémillon

Rentrée littéraire 2013 chez Flammarion

Hélène Grémillon - La garçonnière.

 

Ce roman est inspiré d'une histoire vraie. Les événements se déroulent en Argentine, à Buenos Aires. Nous sommes en août 1987, c'est l'hiver. Les saisons ne sont pas les mêmes partout. Les êtres humains, si.

 

 

 

J'ai reçu ce livre grâce à Priceminister que je remercie ainsi que l'éditeur 15/20

 

La garçonnière est le deuxième roman d'Hélène Grémillon (le premier s'intitulait Le confident -je ne l'ai pas encore lu, mais je l'ai noté dans ma liste des lectures futures- c'est déjà le témoignage de mon adhésion à l'écriture de cette femme écrivain que je ne connaissais pas).

 

Maintenant, je vais rentrer dans le vif du sujet à savoir le contenu du récit et les points positifs à retenir. L'histoire comme vous pouvez le lire dans la quatrième de couverture reproduite ci-dessus, se déroule en Argentine en 1987. Petit récapitualtif historique : C'est à partir de 1930 que le destin de l'Argentine bascula dans un quotidien de violence et de répression. En effet, c'est José Felix Uriburu qui fut l'initiateur d'une série de coups d'État et de gouvernements militaires qui se prolongèrent jusqu'en 1983. Mais la période de 1976 à 1983 fut la plus terrible, surnommée : les "années noires". La blessure de cette époque est d'autant plus vive à l'heure du récit et encore de nos jours que l'on dénombre environ 30 000 morts et seulement 400 corps retrouvés. Cela implique que les familles n'ont aucun lieu où se recueillir et ignorent même souvent comment sont morts leurs proches. Tout ce qui leur reste c'est le vide.

 

Après cet interlude historique, nous pouvons revenir au récit qui nous occupe. L'incipit du roman est la rencontre du docteur Vittorio Puig -psychanalyste de son état- et d'une jeune femme fragile comme une biche qui pleure dans son cabinet. Il va tomber sous son charme et tout mettre en oeuvre à partir de ses observations sur sa silhouette pour la retrouver, car il est persuadé d'avoir été en présence de l'amour de sa vie. L'acharnement du docteur -que la jeune femme perçoit comme le hasard- va les conduire sur le chemin de l'amour. Mais cette vie tranquille et équilibrée bascule lorsqu'un soir, Vittorio rentrant chez lui découvre le corps de sa femme, Lisandra, morte défenestrée. La police recense un certain nombre d'éléments qui accusent le mari du meurtre de son épouse, ce qui les contraint à le placer en garde à vue et à le maintenir enfermé jusqu'au procès. Eva Maria, une patiente du docteur, est choquée par la nouvelle et entreprend de mener sa propre enquête pour découvrir le véritable meurtrier, puisque pour elle il ne fait aucun doute que le Dr Puig n'est qu'une victime du drame. Elle se rend au parloir pour analyser la situation et mettre à jour des coupables potentiels avec le médecin. C'est à travers son regard et son enquête que le portrait de Lisandra va voir le jour et celui-ci est plus ombrageux que les apparences ne le laissaient imaginer. Lisandra, cette belle jeune femme qui pratique la danse et entretient l'appartement, vit dans l'ombre de son mari. Elle a des failles que nul ne suppose, pas même son mari qui écoute ses patients, mais ne voit pas la détresse de son épouse. (Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher la lecture). L'autre personnage féminin blessé est celui d'Eva Maria, qui suit une thérapie pour essayer de surmonter la disparition de sa fille Stella pendant la dictature militaire. Le corps de Stella n'a jamais été retrouvé, ce qui place la mère dans un état de deuil impossible. Elle est toujours inquiète, suspicieuse vis à vis des autres, centrée sur sa propre douleur au point de délaisser son fils vivant. L'événement tragique de la mort brutale de l'épouse du docteur va interpeller Eva Maria et la sortir de sa torpeur.

 

Hélène Grémillon a bâti son récit à partir d'une histoire vraie. Elle s'appuie sur les personnages pour retracer en filigranne le passé tumultueux de l'Argentine et les conséquences de celui-ci sur la vie présente. Dans leur for intérieur les êtres ont été marqués par la violence -qu'ils aient été acteurs ou victimes de celle-ci-, et la reconstruction est une épreuve délicate, une étape nécessaire. Le contexte même du récit est primordial. Le récit permet une dénonciation de cette période peu glorieuse des années 1976-1983 de l'histoire de l'Argentine. La situation du récit -dans un cabinet de psychiatre- permet de décrire plusieurs types de coupables possibles qui souffrent de névroses diverses et d'analyser leur mobiles avec le recul du thérapeute qui efface les doutes et les fausses preuves. Pourtant l'instinct de survie de tous les personnages est le plus fort. C'est un instinct viscéral qui pousse à agir de façon inattendue parfois. (Je vous laisse en juger).

Le sens du titre n'est véritablement éclairé que dans les toutes dernières pages du livre. L'écriture de l'auteure réussit à nous surprendre, à fouiller habilement les pensées des protagonistes et à les rendre. 

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