La femme qui lisait trop de Bahiyyih Nakhjavani

Publié le par Brouillard

La femme qui lisait trop de Bahiyyih Nakhjavani

roman traduit de l'anglais par Christine Le Boeuf

Actes Sud, 2007

   

Téhéran, seconde moitié du XIXe siècle : la cour du shah fourmille d'intrigues de palais, complots et autres tentatives d'assassinat plus ou moins abouties, sous l'ironique et cruel regard de la mère du souverain persan... Voici que cette fois, pourtant, ce très ancien royaume va se trouver ébranlé non tant par les menées factieuses des uns ou des autres (menées qu'observe l'ambassadeur de Sa Royale Majesté la reine d'Angleterre) mais par l'irruption inattendue d'une poétesse fort lettrée dont, d'un bout à l'autre du territoire, les vers et les propos semblent agir sur quiconque en prend connaissance comme de puissants catalyseurs d'énergies "subversives" - voire "hérétiques" : entre ces deux adjectifs, que certains sont tentés de rendre synonymes, reste à savoir qui, de la poésie ou de la violence, va trancher... A travers la figure historique de la poétesse Tahirih Qurratu'l-Ayn, à laquelle la postérité se montra si peu soucieuse de rendre justice, et qui osa, en femme libre et en exceptionnelle rhétoricienne, affronter au péril de sa vie les tenants du pouvoir tant séculier que théologique de son temps, Bahiyyih Nakhjavani met en scène les enjeux éternels - et plus incandescents que jamais aujourd'hui - de la liberté d'expression dès lors qu'elle s'affronte aux puissants comme aux dogmes religieux. Ecrit dans une langue étincelante, qui croise subtilement les fils de l'Histoire, de la religion, de l'art et la question de la condition féminine, ce roman propose, sur le mode d'une fiction historique, une réflexion d'une indéniable actualité.

 

coeur

 

Chaque chapitre s'attarde sur la vie d'une femme : la mère (du shah), l'épouse, la soeur ( du shah), la fille (c'est-à-dire la jeunesse de la poétesse de Qazvîn, ainsi que sa propre fille).

 

Ce livre offre une vision des conditions de vie de la femme dans un pays où les hommes représentent le pouvoir et où les femmes sont isolées dans l'anderoun (partie de l'habitation qui leur est dédiée). Pourtant elles essaient à leur niveau d'influencer les hommes qui hélàs restent sourds à leurs prédictions. 

 

La mère du shah qui était régente quand son fils était trop jeune pour gouverner est frustrée d'avoir perdu le pouvoir sur le pays et sur son fils. C'est à une confrontation de puissance que nous assistons.

 

Le chapitre deux met en scène l'épouse du maire. La maison du maire sert en effet de prison au Shah, et c'est en ce lieu qu'est enfermée l'hérétique poétesse. C'est aussi le point de convergence des tensions qui existent entre la mère du Shah et ce dernier puisque la condamnation de cette femme est l'élément épineux de la politique du souverain. La seconde épouse à laquelle il est fait référence est celle du Shah. Il lui voua un certain culte à sa mort.

 

La soeur du Shah, bien qu'appartenant à la famille souveraine ne mène pas une vie meilleure que ses semblables. Au contraire, elle est le jouet de son frère pour conclure des alliances politiques. Sa sensibilité féminine l'a souvent mise en porte à faux.

 

Le chapitre sur la fille nous présente enfin la naissance des événements qui ont condamné la poétesse pour hérésie. Son défaut fondamental réside dans le fait qu'elle est sortie de son rôle de femme pour usurper celui des hommes. Lorsque j'écris ces lignes, je me positionne du point de vue des religieux qui l'ont condamné pour outrage aux coutumes et refus de se plier à celles-ci sous prétexte qu'elle savait lire et interpréter mieux que les hommes les mots du Livre saint.

 

Toutes ces femmes vivent dans un environnement où les lois sont dictées par les hommes et nous assistons aux alliances et trahisons que le temps provoque dans cette politique. 

 

Je crois avoir tout dit, sans en dévoiler trop, bien que le mal soit déjà fait je pense....

Toujours est-il que l'écriture est agréable, un lexique en fin d'ouvrage permet de comprendre les termes perses. Nous y retrouvons aussi une chronologie. Notre sensibilité ainsi que notre réflexion sont sollicitées dans ces lignes qui nous plongent dans un certain malaise.

 

Challenge ABC 2010

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