La fabrique du monde de Sophie Van der Linden

Publié le par Brouillard

La fabrique du monde de Sophie Van der Linden

Sophie Van der Linden - La fabrique du monde. Buchet-Chastel, 2013

Sophie Ven der Linden - La fabrique du monde. folio, Gallimard, 2014

Et je me vois là, dans tout ça. Une petite chinoise de dix-sept ans, une paysanne, partie à l’usine parce que son grand frère entrait à l’université. Quantité des plus négligeables, petite abeille laborieuse prise au piège de sa ruche. Enfermée là pour une éternité.

Aujourd’hui en Chine. Mei, jeune ouvrière de dix-sept ans vit, dort et travaille dans son usine. Elle rêve aussi.

Confrontant un souffle romantique à l’âpre réalité, La Fabrique du monde est une plongée intime dans un esprit qui s’éveille à l’amour, à la vie et s’autorise, non sans dommage, une perception de son individualité.

 

Pour ce premier roman de l'auteure spécialiste de la littérature jeunesse, c'est une réussite ! Elle sait emporter son lecteur dans ce cadre de vie laborieux, inflexible du travail à l'usine, où la parole n'est pas donnée aux travailleurs. Ils doivent obéir. Ils ne peuvent ni manifester ni interrompre leur tâche sous peine de voir leur condition de vie se dégrader. Nous suivons ici le parcours de Mei, jeune ouvrière de 17 ans qui s'éveille, qui a quitté sa campagne, pour venir gagner de l'argent pour payer les études de son frère. Elle est loin des siens et son seul réconfort est un livre que sa grand-mère lui avait offert. Elle fait la lecture aux autres jeunes filles qui partagent son dortoir, elle recrée ainsi un semblant de famille pour supporter la vie dans cette usine où le rythme de travail est très soutenu pour répondre aux commandes. Travail de jour comme de nuit, des temps de pause très limités et un salaire ne tombe que si l'obéissance a été exemplaire.

Mais le récit s'attache à un épisode de la vie de Mei, son ouverture au monde et à l'autre en tant qu'être aimable et aimant. Elle s'ouvre à l'amour, pendant une parenthèse où l'usine est arrêtée pour les fêtes. Mais comment reprendre sa vie cadrée, martelée où la pensée par soi-même est interdite quand on a connu la liberté de se mouvoir, de penser et de vivre pendant quelques jours qui ont ressemblé à un rêve éveillé ? 


Publié dans Roman français

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Christian Saint-Paul 18/03/2015 15:35


Un compte-rendu qui donne envie de lire ce premier roman apparemment réussi. La vie collective en usine, plus usitée chez nous, est une réalité du monde industriel qui broie toujours ses ouvriers
(ouvrières). L'incompatibilité avec l'affirmation d'une personnalité tenant à son individualité, est tout le problème posé par ce livre. Et c'est un problème universel.