La censure (2)

Publié le par Brouillard

Le rire du grand blessé de Cécile Coulon

Viviane Hamy, 2013

 

Le rire du grand blessé par Coulon

 PAYS : Inconnu
  REGIME : Totalitaire
  ENNEMI PUBLIC N°1 : La littérature
  NOM : 1075 / PARTICULARITE : Analphabète

  Désormais, seuls circulent librement les livres officiels. Le Grand a mis au point les « Manifestations À Haut Risque », des lectures publiques qui ont lieu dans des stades de plus en plus grands pour permettre de réunir toujours plus de consommateurs. S'y déchaînent les passions furieuses des spectateurs. Les Agents de sécurité,  impérativement analphabètes, sont engagés et formés pour veiller au strict déroulement du spectacle, éviter les débordements excessifs.
1075, compétiteur formidablement robuste et endurant, issu de nulle part et incapable de déchiffrer la moindre lettre, est l'Agent parfait. Il atteint vite le sommet...

 

A une époque futuriste, la lecture est contrôlée par le Grand. Il a détourné une thérapie visant à soigner les toxicomanes, pour contrôler l'ensemble de la population. Les livres tels que nous les connaissons, la littérature qui suppose un mélange de genres, de tons, de l'originalité dans sa mise en œuvre sont exclus de la société. Nous ne sommes pas, comme dans Fahrenheit  451 de Ray Bradbury, dans une société qui interdit totalement la lecture, la censure est plus insidieuse. La lecture est contrôlée : elle sort de "Maisons de mots", elle donne lieu à de grandes "Manifestations à haut risque", séances d'écoute de lectures formatées : Horreur, Chagrin, Joie. Les émotions sont amplifiées, l'attente entre chaque sortie décuple l'impatience du public prêt à payer une fortune l'accès à ces dernières. Tout est sous tension : le public qui veut assouvir son plaisir et les Agents en charge du calme et de la sécurité. Les Agents, dont fait partie le personnage principal 1075, sont des analphabètes soumis à une sélection draconienne, à une discipline où aucune erreur n'est permise, où en aucun cas, ils ne doivent apprendre à lire. Eux sont chargés de faire appliquer la loi, ils sont craints et respectés. Ils bénéficient grâce à la fonction de nombreux avantages : ils sont installés dans des logements de fonctions high tech, bénéficient de domestiques, à l'hôpital quand ils sont blessés, ils bénéficient des meilleurs soins,tandis que le reste de la population est moins chouchoutée. Les lectures publiques organisées par le pouvoir interdisent toutes lectures à voix haute ailleurs. Tout est légiféré. Nul n'est censé ignorer la loi, chacun doit s'y soumettre sous peine de sanctions violentes. Pour les analphabètes, cette structure étatique leur permet d'exister, d'être considérés.

 

La similitude de structure de récit avec l'ouvrage de Ray Bradbury réside bien évidemment dans l'évolution du personnage principal et pourtant l'originalité est au rendez-vous. Je ne peux hélas pas développer mon propos sous peine de dévoiler la fin de l'histoire. Je ne peux que vous assurer que vous serez un peu étonné, en bien.

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le poetpoet 03/05/2014 19:50


Très bonne présentation, mais une société où tout pourrait se lire et s'écrire a-t-elle déjà existé ? La censure est une question, une grosse question de nuance. La Chine par exemple est un bel
exemple de cette "nuance" qui met sous filtre ce qui peut être nocif pour les oligarques au pouvoir. Milsz prix Nobel 1980 ne pouvait pas écrire dans son pays la Pologne. L'écriture est presque
toujours celle de l'exil.