L'Oeil du temps de Jean-Pierre Crespel

Publié le par Brouillard

L'oeil du temps de Jean-Pierre Crespel

La feuille de thé, 2010

Préface de Christian Saint-Paul

 

Ce titre a échoué sur ma plage depuis quelques temps, mais ses appels incessants n'étaient pas assez véhéments jusqu'à il y a peu. 

Me voilà emportée dans ce voyage méditerranéen et mythologique dont la voix de son auteur, Jean-Pierre Crespel, "lie les hommes entre eux, en célébrant la magnificence du monde". Son chant met en scène sa voix, sa parole, son écriture dans un paysage évoluant au gré des vents, des distances...

8 poèmes (Temporanea, Le chant des isthmes, Au saule sacré d'Héliopolis, Levana, Dans la demeure d'Hestia, Imprimature, Le parfum de la rose blanche, Mezzanine) forment ce recueil qui convie de l'Occident vers l'Orient.

 

Il est toujours délicat de choisir des extraits, d'autant que les textes se suivent, fluides dans la pensée, le voyage. Des sons, des senteurs, des jeux de lumière, des couleurs, des rencontres peuplent ce recueil, tourbillonnent sous nos yeux et notre langue. Le silence convient à une imprégnation plus profonde de l'atmosphère. Création d'un effet de surprise, d'une naissance, de l'épanouissement du ressenti vers les mots de partage.

Pour vous donner envie de faire vous-même ce voyage voici  quelques vers.

  

De Temporanea :

Septembre étend ses tulles noirs

Aux pieds des oliveraies

 

 

A l'aube

Les chemins de rocaille

Cernent les villages

Se couvrent de feuilles d'Or

Tombées des dômes

 

 

Une sentence de pluie s'annonce

Pâle oppressante

 

Inclinée sur l'étrave vernissée

 

Soudain

 

Tous les Dits de l'Orage

Sur le foc azuré d'écume

 

 

Des pages sont nées ici

 

 

Du Chant des isthmes :

Le grondement des ruches

disperse les oiseaux cendrés

Vers la brume de mer

 

La blonde fenaison des vagues

 

Les grands roseaux percale et soie

Cherchent l'émail tombé

des étoiles à cinq heures

 

Dans la broderie des tamariniers

 

 

Fleurs de lauriers roses et blanches

 

 

A satiété

 

La dédicace de "Levana" rend hommage aux habitants de Kfar Mghar Galilée :

[...] Mes mots seront de purs cocons dormant

sur les feuilles de mûrier  

 

"Dans la demeure d'Hestia" est plus intimiste, personnel.

Toutes les attaques mettent en valeur un critère d'Hestia, divinité du feu sacré et du foyer : "sa demeure, ses silences, ses secrets, ses mystères..."

 

Pour conclure, les derniers vers de "Mezzanine" qui marque la fin d'un beau voyage poétique dans lequel j'espère vous avoir convié...

Les architectes au gouvernail

ont ouvert entre les bancs sableux 

le grand canal sur le dédale

au décroît d'une lune byzantine

sarrazine et gothique 

 

 

 

Publié dans Poésie

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