L'interdite d'Alger de Christian Lecomte

Publié le par Brouillard

L'interdite d'Alger de Christian Lecomte

Zoé Editions, 2010

 

 

Sarajevo, début des années quatre-vingt-dix, Alger, dix ans plus tard. Mina a vécu la guerre dans les deux villes. À Sarejevo, chez elle, avec sa mère qui traduisait alors Le Livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa, puis comme étrangère, en épouse de diplomate occidental, à Alger. Dans cette ville, c'est à travers les médias et les rumeurs qu'elle vit les événements sanglants qui avivent ses souvenirs de Sarajevo. Étrangement avide de nouvelles tragiques, elle enregistre les drames avec un fatalisme glaçant, et les raconte à son mari avec une cocasserie inquiétante proche de la folie.

En surimpression au portrait de cette femme, l'auteur dresse celui d'Alger aussi belle et abîmée que Mina par la guerre. C'est avec une écriture tendue et serrée que l'auteur pénètre dans un même mouvement l'esprit de Mina et celui d'Alger.

 

Mina, épouse de diplomate, vit à Alger derrière des vitres blindées, protégée par des gardes du corps.  Khalida, Algérienne, est chargée de faire les courses et le ménage chez Mina. Les deux femmes vont s'apprivoiser au point de créer un lien d'amitié, une complicité. Grâce à l'aide de Khalida, Mina va échapper à la surveillance des gardes du corps, se déguiser en portant le voile pour se rendre dans la famille de Khalida, dans le quartier de Bab El Oued et même visiter Alger. En effet, Mina est une musulmane déracinée et meurtrie par les violences de la guerre de Sarajevo. C'est pour cela qu'elle est si attentive aux malheurs qui touchent Alger et qu'elle ne retient qu'eux. 

C'est son désir de vivre la vie en directe, de se confronter aux autres qui la pousse à se soustraire au système, qui hélàs ne manquera pas de la rattraper. Elle est prisonnière d'Alger, des conventions imposées aux femmes et aussi d'un passé trop lourd à porter.

 

Christian Lecomte, journaliste, nous livre ici le portrait d'une femme meurtrie qui cherche à se libérer des contraintes ainsi qu'à retrouver les traces, la présence d'une mère à travers l'ouvrage de Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité. L'écriture nous plonge au coeur même du drame : dans la vie de Mina, mais surtout de ses pensées. Nos palpitations vrillent en harmonie avec elle.

 

  

Citation :

Mina est souvent seule,

Etrangère dans la ville.

La seule étrangère, parfois.

Alger est une rumeur, au-delà des murs.

Publié dans Roman français

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