Daphné disparue de Jose Carlos Somoza

Publié le par Brouillard

Daphné disparue de José Carlos Somoza
roman traduit de l'espagnol par Marianne Millon
paru chez Actes sud en 2008
214 pages
Titre original : Dafne desvanecida, Destino, 2000.


http://5emedecouverture.files.wordpress.com/2008/10/somoza_daphne-disparue.jpg

Je suis tombé amoureux d'une femme inconnue : romancier à succès, Juan Cabo ne dispose que de ces quelques mots pour reconstruire son identité. Il les a couchés sur un carnet avant l'accident qui lui a coûté la mémoire.
Mais l'inconnue est-elle une créature réelle ou de fiction ? De retour au "cercle littéraire", où il a dîné le soir de la tragédie, Juan Cabo y rencontre une poignée de figures équivoques puis un détective spécialisé dans les affaires littéraires, qui lui présente une "muse" vendant des postures aux écrivains en mal d'inspiration.
Dans un étonnant dédoublement de la réalité, avec Les Métamorphoses d'Ovide en surimpression, les personnages finissent par trouver leur auteur et, grand instigateur de tous les stratagèmes, l'écrivain en vient à posséder un pouvoir à faire pâlir les dieux de l'Olympe.

Comme dans tous les romans qui suivront Daphné disparue, J.C.Somoza excelle à brouiller les pistes, mais ici protagoniste et lecteur jouent à armes égales : ils ne disposent que du texte pour résoudre toutes les énigmes.

A partir d'un sujet déjà traité : la perte de la mémoire, le roman élabore une réflexion sur la création littéraire.
Comment reconnaître le réel du fictif? Existe-t-il une frontière? Quelle est la posture de l'écrivain? A quel point s'appuie-t-il sur la vie pour écrire? Quelle est la place de l'éditeur dans ce processus? Est-il un simple garant de la diffusion de l'oeuvre, un découvreur de talent ou une entité hybride?
Le débat est le suivant : un livre n'est-ce qu'un objet ou un être vivant?
Pour répondre à toutes ces questions, l'auteur nous plonge dans une sorte de roman policier où Juan Cabo, personnage central est l'enquêteur et la clé du mystère. Somoza brouille les pistes, il perd le lecteur dans  le labyrinthe de la création littéraire notamment sur le rôle de l'inspiration dans cet acte.

C'est un magnifique ouvrage romanesque. La fin laisse sans voix. L'univers vogue dans le fantastique parfois, c'est très bien mené.

"Aujourd'hui, le lecteur apprécie plus le rabat que le texte. C'est le syndrome du Comment ça marche, tu comprends? Le public adore démantibuler un jouet pour voir comment il fonctionne."

Publié dans Roman espagnol

Commenter cet article