Accabadora de Michela Murgia

Publié le par Brouillard

Accabadora de Michela Murgia

ISBN : 2021025071
Éditeur : Editions du Seuil (2011)

Michela Murgia - Accabadora.

Dans un village sarde, dans les années cinquante, la jeune Maria, délaissée par sa mère, est confiée à une vieille couturière. Elle reçoit éducation et tendresse durant toute son enfance. Mais certains aspects de la vie de sa mère adoptive l’intriguent. Pourquoi sort-elle à des heures avancées de la nuit, enveloppée dans son long châle noir ? Pour Maria, mieux vaut ignorer l’existence de l’accabadora.

 

Critique dans le cadre de Masse critique chez Babelio.

Livres contre critiques

 

coeur

Maria est la quatrième fille d'Anna Teresa Listru - celle de trop d'après sa mère- qui élève seule ses filles. Elle a 6 ans quand la couturière Tzia Bonaria Urrai, veuve avant même d'avoir pu se marier, demande à Anna de faire de Maria sa fill’e anima, c’est-à-dire de l’adopter. Le lien avec la mère biologique n’est pas rompu, cette dernière demande la présence de Maria pour aider lors de grandes occasions.

 

L’action se déroule dans un village sarde dont le temps semble avoir été suspendu dans une certaine forme d’intemporalité. Le rythme de vie et les mœurs oscillent entre un passé bien ancré dans les mentalités et un modernisme qui a quelques difficultés à se faire une place confortable dans le présent. En effet, c’est grâce à Tzia que Maria accède à une bonne éducation qui la dispense d’un avenir limité aux travaux de la terre. S’ouvrent à elle de nouvelles perspectives, elle peut porter un autre regard sur le monde. Parlons-en d’ailleurs du regard qu’elle porte sur les choses et sur les êtres qui l’entourent : Maria est fraîche, innocente, vive et curieuse. Elle apprivoise sa vie au jour le jour, pose des questions sur ce qui l’intrigue mais n’obtient pas toujours de réponse satisfaisante notamment lorsqu’elle veut savoir où va Tzia la nuit quand on l’appelle et ce qu’elle fait. Maria grandit sans souffrir de cette situation étrange, Tzia et elle s’apprivoisent, elle est considérée comme une personne à part entière. Tzia inculque à Maria des principes de vie, des valeurs de travail, des limites à observer relatif au vol et au mensonge. Un lien solide, discret, pudique et silencieux se forme entre les deux femmes. Maria grandit avec un  ami d’enfance Andría Bastíu, un complice de jeux et de discussions.

 Pourtant tout bascule à la mort de Nicola Bastíu, le frère aîné d’Andría : le secret sur les sorties nocturnes de Tzia est levé. Maria va reconstituer le puzzle de son enfance en prenant en compte cet élément qui donne plus de profondeur aux critiques formulées par les villageois concernant leur relation parentale. Tzia se drape du châle de l’Accabadora, figure quasi légendaire.

 

Ceux qui ont apprécié Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé devraient aimer Accabadora. Ce sont deux récits sur des portraits de femmes d'exception. Tandis que Véronqiue Ovaldé optait pour un cadre imaginaire, Michela Murgia ranuime des coutumes ancestrales. La force de ces femmes avec leur faiblesse, leur vécu, rend plus attachante la lecture.

 

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