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Au bon roman de Laurence Cossé

Publié le par Brouillard

Au bon roman de Laurence Cossé
Gallimard, 2009
497 pages






  Un fou de Stendhal et franc misanthrope, reclus dans un hameau de Savoie, est abandonné en forêt par des individus qui l'y ont amené de force en pleine nuit. Une très jolie blonde rôdée à la conduite automobile quitte brusquement une route qu'elle connaît comme sa poche. Un breton sans histoire, habitué à faire chaque matin la même promenade au bord d'une falaise, trouve sur son chemin deux inconnus qui ont tout l'air de l'y attendre. Mais le lecteur comprend bientôt qu'on n'est pas dans un roman policier classique. Les agresseurs ne sont ni des agents secrets ni des trafiquants. Ils ne s'attaquent pas à des durs mais à des tendres, un ancien routard devenu libraire, une mécène mélancolique, et à une entreprise dont aucun des deux n'avait imaginé qu'elle pourrait fâcher.
  Qui, parmi les passionnés de roman, n'a rêvé un jour que s'ouvre la librairie idéale? Non pas ce qu'on appelle une bonne librairie, où l'on trouve de bons romans, mais une librairie vouée au roman où ne sont proposés que des chefs-d'oeuvre? En se lançant dans l'aventure, Ivan et Francesca se doutaient bien que l'affaire ne serait pas simple. Comment, sur quels critères, allaient-ils faire le choix des livres retenus? Parviendraient-ils un jour à l'équilibre financier?
  Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était le succès.


coeur 
Passion pour ce livre dont je remercie l'amie qui me l'a conseillé !!
Des étoiles pleins les yeux et le coeur pour les amoureux des romans et découverte du monde éditorial.
Je l'ai lu en trois jours, ce qui m'arrive rarement. C'est dire l'intérêt qu'il a suscité pour moi. 
Un régal de découvrir la conception de cette librairie qui ne propose que les romans ayant une véritable qualité littéraire sans tenir compte des critiques littéraires qui leur paraissent dirigées, vendues pour certaines car le monde journalistique n'est pas éloigné du monde littéraire. Des connivences existent.
Être écrivain n'est pas considéré comme un métier en soi. En effet, c'est davantage perçu comme une activité qui peut rapporter puisque l'écrivain peut avoir comme activité professionnelle principale : journaliste, professeur, banquier ou tout autre travail. Cette double casquette possible de l'écrivain peut contribuer à falsifier les frontières entre les intérêts de chacun.
Bref, ce roman fait rêver et à la fois ouvre les yeux sur les difficultés et les éléments à prendre en compte pour monter une librairie, sur l'importance de bien choisir les membres de cette aventure et d'être préparé autant que possible aux intempéries qui risquent de survenir!

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L'Enchantement simple de Christian Bobin

Publié le par Brouillard

L'Enchantement simple de Christian Bobin

"Cette fraîcheur ressuscitée du lilas devant la fenêtre"

Il y a les livres, vous savez bien. Lecture stupéfiée, lecture hagarde. On avale les potions de l'encre, chaque jour un peu, pour faire tomber la fièvre, on l'aggrave en fait. Le désir d'une trêve, d'un sommeil semblable à celui des bêtes, aucune lecture ne l'exauce, jamais. On peut lire tous les livres, ou bien aucun. C'est égal. Lire : prier au désert.Laver son visage de l'ombre qui le mange. Les doigts jaunis du lecteur, son âme en poudre, toutes pages tournées. [...]

[...]

Arracher les pages des livres, une par une. Déchirer les livres comme une folle déchire son manteau, puis sa robe, puis sa peau, puis sa chair, puis ses os, puis la nuit dans ses os, regardant sous ses ongles si le mal n'y est pas, la noirceur, la terre, qui la ronge. Mais non, rien. Les feuillages de Pascal. Les cailloux de Montaigne. Ongles cassés de la lecture. Scories, déchets. Terre en vain agitée.

Publié dans Poésie

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Extrait du Colporteur de Christian Bobin

Publié le par Brouillard

l'Enchantement simple et autres textes de Christian Bobin
Poésie/Gallimard, 2001


texte extrait "du Colporteur"

Quittant le monde tu ouvres un livre : une boîte à silence, familière, ouvragée, délivrant un diable-doux, un ange-acide. Fermant le livre, tu gagnes enfin ce qui n'est plus ni du monde, ni des mots : la bonté ou le désespoir.



Allant hors de toi pour mieux te rapprocher du centre, jusqu'à ce point du plus grand trouble qui est aussi celui de la plus grande paix.

Publié dans Poésie

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Firmin, autobiographie d'un grignoteur de livres de Sam Savage

Publié le par Brouillard

Firmin, autobiographie d'un grignoteur de livres de Sam Savage

Actes Sud, mai 2009
202 pages
Illustrations de Fernando Krahn
Traduit de l'américain par Céline Leroy
Titre original : Firmin
Editeur original : Coffee House Press, Minneapolis, Minnesota, 2006


http://imworld.aufeminin.com/dossiers/D20090721/firmin-RESIZE-145546_L.jpg


Autobiographie d'un grignoteur de livres, Firmin raconte l'histoire d'un rongeur érudit qui a vu le jour dans les sous-sols d'une librairie de Scollay Square, vieux quartier en péril de Boston des années 1960. Plein d'appétit pour les mots, épris de nourritures spirituelles autant que terrestres, Firmin ne peut communiquer tous ses coups de coeur ni exprimer ses détresses, et voit avec révolte se déliter sa race comme son quartier, cernés par l'incompréhension des hommes et les mécanismes du profit. Mais la rencontre avec un romancier marginal le sauve du pessimisme ambiant. Superbe homage aux valeurs de l'écrit et aux singularités de toutes espèces, l'aventure de Firmin est aussi un fabuleux trait d'union entre littérature, exclusion et résistance.


J'ai trouvé l'idée originale, l'histoire intéressante, le point de vue novateur : le rongeur qu'est Firmin est lui-même un marginal parmi ses douze frères et soeurs. Il est le premier a mangé du papier avant de vouer une admiration sans bornes à la littérature. Même en période de famine, il ne se nourrira plus de livres ! La décadence de son quartier est peinte avec précision, du moins de ce qu'en voit Firmin. Ce point de vue interne est conservé tout au long du roman puisque c'est Firmin qui raconte sa vie, son histoire, ses goûts tant littéraires que cinématographiques et ses rencontres, son impuissance face aux situations de la vie.

Publié dans Roman américain

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La mort n'oublie personne de Didier Daeninckx

Publié le par Brouillard




Mai 1944 : le jeune Jean Ricouart entre dans la résistance. À la suite d'une opération à laquelle il participe, il est arrêté, torturé, déporté en Allemagne. Il ne rentre au pays qu'en février 1946, où il épouse Marie. Il est aussitôt accusé de meurtre par un juge qui officiait déjà du temps de Pétain, et condamné à sept ans de prison.
1963 : Lucien, le fils de Jean, se fait traiter de fils d'assassin. Il se sauve du lycée et meurt pendant sa fugue.
Vingt-cinq ans plus tard, un ami de Lucien, journaliste, enquête sur la vie de Jean Ricouart et l'interroge, comme pour confirmer cette ultime phrase écrite par Lucien : "Mon père n'est pas un assassin."


Magnifique roman, dont le réalisme est tel que nous avons plus l'impression de lire un document historique de cette époque que de lire un roman. Ou plus exactement, c'est là que réside tout l'art littéraire de l'auteur qui nous immerge dans cette époque où le jugement de ces résistants pour le "meurtre" d'un délateur soulève en nous un sentiment d'injustice. En temps de guerre, des décisions radicales sont prises dans un contexte exceptionnel, tout différent de celui de la paix : sauver son pays suppose de savoir éliminer ceux qui pourrissent un pays déjà mutilé.

Jean Ricouart n'est pas un héros, il est un anonyme qui est entré dans la résistance un peu par hasard. Il appartient au réseau qui s'est formé dans son village, il obéit aux ordres sans les remettre en cause, ne tue pas, mais ne dénonce pas non plus sous la torture. C'est un jeune homme fort qui se bat pour libérer son pays, qui aime et est aimé en retour par la fille d'un résistant qui le cache. Il connaît l'horreur des camps, mais la libération ne l'épargne pas puisqu'il est jugé et condamné. On lui reproche cette obéissance, cette absence de questions sur les actes auxquels il participait : le "meurtre" d'un imprimeur tué pour collaboration, l'éxécution d'un père et de son fils délateurs. Ce jugement jette l'opprobre sur la famille Ricouart.
Les parents vivent leur deuil en ignorant que leur fils s'est suicidé, victime de la méchanceté des autres enfants qui accusaient son père d'être un assassin. Ce silence sur la cause du décès de Lucien est comme un deuxième jugement de culpabilité énoncé contre le père. Cet homme qui a connu des hommes droits qui ont donné leur vie pour leur pays, mais aussi des gens mesquins même au sein de la résistance.
Le journaliste, en retraçant l'histoire, va faire des découvertes importantes qui vont à nouveau faire de Jean une victime, mais cette fois-ci il prendra son destin en main.

Ce roman est devenu un classique et pour cause il est très bien écrit, structuré et l'histoire est forte

Publié dans Roman policier

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La balade de l'escargot de Michel Baglin

Publié le par Brouillard

La balade de l'escargot est le troisième roman policier de Michel Baglin.

la_balade_de_l_escargot






Architecte rangé, Clément en vient lui aussi à se « déconnecter » et à se marginaliser à la suite de déboires conjugaux et surtout du viol de sa fille, recluse depuis dans son mutisme. Sans compter qu'une vieille affaire de corruption passive le poursuit sans qu'il en ait vraiment conscience. Livré à une sorte d'errance au volant de son camping-car qui lui sert de coquille d' « escargot », il s'enfonce de déambulations mélancoliques en balades punitives dans les quartiers interlopes de la ville. A la rencontre de la violence, mais aussi de personnages comme Floréal, Mamadou, Rachid, Sandrine, qui lui révèlent le peu de sens de sa propre histoire et la fragilité de ses défenses...

Remonte alors à la surface le scandale étouffé dans lequel sont impliqués des notables véreux, bien moins fréquentables que la pègre des quartiers. Renouant un à un les fils de l'écheveau, l'Escargot devra aussi descendre dans cet égout pour connaître la vérité, dans ces zones d'ombre où se cache la sourde misère du désespoir, mais aussi la tendresse et l'amour de ceux qui ont un jour perdu leur carapace et s’en bricolent comme ils peuvent de très précaires...


L'histoire est prenante. L'auteur par une écriture qui va droit au but, sans chichi ni artifice nous montre des personnages qui ont souffert et qui souffrent encore. Cette société, qui est la nôtre, au XXème siècle est sans concession. D'ailleurs, l'auteur n'en fait pas non plus à ces personnages à vifs, qui se battent pour survivre ou élucider un mystère. Le personnage central, Clément veut savoir qui a violé sa fille et la clé de l'énigme, il la détient depuis toujours, mais il n'avait pas la force de l'affronter. Quand il apprend que sa femme le trompe avec son associé, il quitte le cabinet d'architecte et décide -enfin-  d'affronter ses démons et de ne retourner voir sa fille hospitalisée que quand il aura le courage de la regarder en face pour l'aider à sortir de son mutisme. Ce personnage nous touche par sa fragilité, nous remontons le courant des événements, les écheveaux avec lui. Le hasard, lui fait croiser d'autres exclus du système, d'autres misères. C'est de là pourtant que va renaître l'espoir, que la lumière va jaillir. La brutalité de la vie, des rencontres, des départs, des séparations sont présents dans ce roman au même titre que l'amitié et la solidarité des plus précaires. Toute cette atmosphère est rendue avec finesse par l'auteur. Aucun temps mort ni aucune longueur n'entrave la lecture de ce roman policier que je vous recommande.

Publié dans Roman policier

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