le géant enfoui de Kazuo Ishiguro

Publié le par Brouillard

Le géant enfoui de Kazuo Ishiguro ; Ed Entre deux terre, mars 2015

« Ishiguro excelle à créer un univers, à instaurer des climats que l’on n’oublie pas. »Lire

 Axl et Beatrice vivent un amour constant qui a résisté aux années. Ils  décident de faire un voyage pour rejoindre leur fils, parti depuis  longtemps. De nombreux obstacles se dressent sur leur chemin, parfois  étranges, parfois terrifiants, et mettent leur amour à l’épreuve. Leur  parcours est une métaphore de nos vies à tous.

 Dix ans après Auprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro revisite, dans Le  Géant enfoui, les thèmes shakespeariens qui traversent son œuvre : la  mémoire et l’oubli, la confiance et la haine, la vengeance et la justice.  L’histoire d’Axl et Beatrice, une allégorie du monde moderne, est d’ores  et déjà un monument de la littérature.

 

coeur Un couple aimant de petits vieux attaché l'un à l'autre vit dans une sorte de grotte, ils sont comme mis au ban de la société, ne font plus partie du centre de celle-ci, mais renvoyés en périphérie, sortes de rebus, travaillant encore au maintien de l'ordre et aux activités du village sans bénéficier des avantages de confort des autres habitants. De plus, une brume tenace et menaçante engloutit tout, tous les souvenirs des vieux Axl et Beatrice, limant chaque jour davantage leur passé. Dans une sorte de sursaut, ils décident de mettre en oeuvre un projet de longue date qui avait été masqué par les préoccupations du quotidien et cette brume, ils décident de prendre la route pour retrouver leur fils parti vivre dans un autre village lointain depuis plusieurs années.

« C'est bizarre la façon dont le monde oublie les gens et les évènements de la veille ou de l'avant veille. C'est comme une maladie qui nous atteint tous. » 

Etonnée par le mode de vie au haut moyen-âge de ces petits vieux qui oublient tout si facilement, dont la vie est régie de mains de fer, au millimètre près, où la paix entre saxons et bretons est si fragile. La peur de l'inconnu(e) de passage mène les habitants à préférer la violence à la générosité, ce climat de suspicion enveloppe les protagonistes. J'ai été transportée avec eux sur la route, j'ai fait des rencontres attachantes, surprenantes (elfes, ogres...), bouleversantes, intemporelles : Sir Gauvain, qui veille au bien-être des gens, continue la mission donnée par le roi Arthur décédé depuis peu, veillé à la sécurité du peuple en l'éloignant de Quéric, la dernière dragonne ; un chevalier saxon et son jeune apprenti. J'ai été touchée par les gestes tendres de ce couple aimant, optant pour une façade de force pour ne pas entraîner l'autre dans sa descente mentale-décadence physique, par ses doutes sur le passé qui pourrait troubler le présent et leur lien indéfectible. Intriguée aussi par cette société, ces mystères, ce climat fantastique, leur force de caractère, le mystère de la disparition de ce fils chéri et la levée du voile brume sur la vie des bretons. En effet, Axl et Béatrice décident de participer à l'éradication de la brume, nuage qui se lève dans leur esprit et fait renaître des souvenirs perdus dont celui de la teneur d'éloignement de leur fils parti s'installer dans un village lointain. 

La mémoire et l'oubli -thèmes de prédilection de Kazuo Ishhiguro-, le sont aussi pour moi, dans la mesure où la mémoire et l'amnésie sont des phénomènes qui me fascinent. Voyage étrange et merveilleux sur les rapports aux autres, sur le couple, sur le temps qui passe, dans une époque emprunte d'intemporalité, de légende arthurienne, chevaleresque, un peu antique.

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