Vie de couple : Eliane Girard, Emmanuelle Urien et Dimitri Verhulst

Publié le par Brouillard

Eliane Girard Un cadeau ; Buchet-Chastel, 2012

Un cadeau -

 À la dernière minute, Félicien se rue dans les magasins  pour trouver le cadeau d’anniversaire de son amie Laure. Acculé, pressé, il craque pour une paire de bottes sublimes. Oui, mais à 869,95 euros. Le prix de son loyer….
Il regrette aussitôt. Toute la journée, Félicien n’aura qu’une obsession : comment assumer cet achat. Culpabilisé par son acte, il devient paranoïaque ; son cadeau, avec son emballage siglé, le désigne aux autres - les usagers du métro, les SDF, ses collègues de travail - comme un riche. Un malentendu qui va l’entraîner dans une course folle, de catastrophe en catastrophe.
Un cadeau parle de la valeur des choses et de leur relativité. Une réflexion drôle et légère sur notre monde, où l’argent est notre meilleur ennemi.

 

Il est aussi paru en livre de poche. J'ai préféré prendre la couverture de l'édition originale, car elle prend tout son sens à la lecture du roman. Ce rose n'est pas anodin. ;)

L'histoire est très simple : Félicien achète des bottes hors de prix pour sa petite amie Laure. Ceci est le début d'un engrenage, comme la quatrième de couverture nous l'expliquait. Félicien vascille, porte un autre regard sur le monde, se positionne différemment dans celui-ci. Son cadeau fera-t-il son petit effet sur Laure ? C'est à la lecture de cet humble roman que vous le saurez !

 

Un autre roman sur les relations de couple. La rupture d'une vie idéalisée : un homme + une femme = 3 enfants = la plénitude de l'épouse. Nous adoptons son point de vue et nous trébuchons comme elle, nous reprenons contact avec le sol. Son homme + sa meilleure amie = 1 nouveau couple. Elle + 3 enfants = déséquilibre, perte de repères, réadaptation nécessaire. Elle - son mari = veuve virtuelle pour mieux renaître. L'originalité réside dans l'écriture de l'auteure, son humour (noir), ses phrases percutantes, les situations cocasses que vit son personnage.

Emmanuelle Urien

L'Art difficile de rester assise sur une balançoire ; Denoël, 2013 ou réédité sous un titre quelque peu différent : L'Art délicat de rester assis sur une balançoire ; Pocket, 2014

Mieux que le synopsis de la quatrième de couverture, un extrait qui vous permettra de faire une petite incursion dans le récit, de vous familiariser avec l'écriture et de faire votre choix.

 

Extrait

"Une demoiselle sous une balançoire

Il m'aurait peut-être suffi de tendre l'oreille. Pour entendre les rumeurs, être prévenue et, même inconsciemment, me préparer au choc avant qu'il n'advienne. J'aurais mieux encaissé. Sans doute l'aurais-je même évité, ce choc. Oui, écouter les phrases qui traînent, celles qu'on prononce par mégarde, à mi-voix, presque pour soi. Ces phrases qui me reviennent maintenant, fort et clair, et comme amplifiées : «Qu'est-ce qu'elle peut être agaçante, à toujours sourire !» Ou : «Elle m'énerve, avec son bonheur. Elle en fait trop, elle simule, ce n'est pas possible autrement.» Et surtout : «Un jour, elle va tomber de haut.»
Ces mots-là ne datent pas d'hier, mais ils ne me parviennent qu'aujourd'hui. A présent que la bulle a éclaté et répandu son contenu vicié sur ma vie, ou ce qu'il en reste. Avant, j'étais imperméable à ce genre de propos, je ne les écoutais même pas. J'étais bien trop heureuse pour que la jalousie des autres, leurs petites mesquineries m'atteignent. Et puis les autres, avant, je les aimais, ils ne pouvaient donc pas être mesquins - il existait un lien logique aussi solide qu'une chaîne entre mes prédispositions à aimer le genre humain et sa capacité à répandre le bien.
Avant.


Il y a des points de bascule dans la vie de quiconque. Des événements ponctuels qui font que l'on peut dire avant et après. Jusque-là, je me les représentais comme des paliers bien stables entre deux volées de marches. Des étapes à marquer dans l'ascension qu'était, pour moi, censée symboliser toute vie humaine.
Avant, c'était bien.
Montée. Palier, pause. Observer, apprendre, reprendre son souffle si nécessaire. Puis continuer de grimper. Palier suivant, bref regard en arrière, sourire, constat : on a progressé, on continue d'avancer, de gravir, d'escalader s'il le faut. Tout va bien, tout ira mieux encore.
Cette histoire de paliers, c'est une image, une théorie - qui correspond assez bien à mes représentations d'avant. J'en ai une autre qui explique mieux ma chute. Parce que les rumeurs ne mentaient pas : pour finir, en effet, je suis tombée. Et de plus haut encore qu'on aurait pu l'envisager.
Imaginez une balançoire. Pas celle qu'on accroche aux arbres et sur laquelle on monte seul en agitant les jambes, non : celle constituée d'une longue planche reposant en son centre sur un point d'appui surélevé. C'est le poids des personnes assises en vis-à-vis qui permet d'alterner les envolées. Les hauts et les bas. En admettant que les personnes en question soient d'un poids comparable, d'une carrure équivalente, et surtout dotées du même coup de reins, on obtient un certain équilibre ; un balancement, sinon agréable, du moins régulier, qui permet de se croire installés, tranquilles, lancés pour la vie.
Tu parles."

Un autre titre lu pendant les vacances qui me permet de montrer un troisième type de couple, une troisième vision. 1) l'homme amoureux , 2) la femme trompée, quittée 3) l'homme qui se sépare spirituellement de sa femme, qui se venge d'une certaine façon.

Dimitri Verhulst Comment ma femme m'a rendu fou

Comment Ma Femme M'a Rendu Fou de Dimitri Verhulst

Par désespoir, pour asticoter son monde et surtout pour se venger de son épouse qu’il déteste, Désiré Cordier, petit bibliothécaire retraité de son état, décide de simuler la maladie d’Alzheimer. Bientôt il se prend au jeu et s’amuse des réactions désemparées de sa famille. Il découvre là une liberté qu’il n’a jamais connue et un moyen sûr de s’éloigner de son entourage, et surtout de sa femme qui l’a toujours régenté. Il décide alors de se plonger dans les joies de la démence, la sénilité et l’incontinence… et finit par être interné dans une institution… La maison de retraite lui réserve quelques surprises, comme les retrouvailles avec son amour de jeunesse et la rencontre avec des pensionnaires aussi déjantés que lui. À travers des portraits féroces et hilarants, Verhulst, qui a un don sans pareil pour rendre le comique tragique, et vice versa, nous livre sa vision douce-amère du mariage.

L'idée est originale. Un homme feint la sénilité pour échapper à sa mégère de femme et à ses enfants qui n'ont plus aucune considération pour lui. Il préfère entrer dans une maison de retraite plutôt que de continuer à supporter sa femme qui lui en fait baver. L'exécution dans la rédaction du récit est assez inégale. Cela commence plutôt bien et cela retombe. Nous sommes en présence d'un roman sympathique sans grande prétention.

Publié dans Lecture thématique

Commenter cet article